Votre peau a changé d'aspect ? Vous avez des démangeaisons qui ne passent pas, une gêne qui n’est pas améliorée par les traitements antifongiques ? Sachez que beaucoup de femmes confondent le lichen vulvaire avec la mycose vaginale. Pourtant, c’est une pathologie très différente qui nécessite d’être traitée. Découvrez les signes de cette maladie chronique, l’importance de consulter et comment la traiter.
Qu'est-ce que le lichen vulvaire ?
Le lichen vulvaire, dont la forme la plus fréquente est le lichen scléreux, est une dermatose inflammatoire chronique bénigne à surveiller.
Elle touche la peau et les muqueuses externes de la vulve.
La maladie touche davantage les petites filles avant la puberté et les femmes après la ménopause [1]. Si elle n’est pas traitée ni suivie, elle peut créer une gêne au quotidien et modifier l’aspect de la vulve.
Quels sont les signes de cette maladie ?
Le lichen évolue par poussées successives, avec des signes qui s'intensifient selon le stade de la maladie. C’est d’ailleurs pour cette raison que les premiers signes sont souvent banalisés par les patientes elles-mêmes.
Au début, si vous avez cette pathologie, vous observerez généralement :
- Des démangeaisons (prurit), souvent plus marquées la nuit, qui poussent au grattage ;
- Une discrète pâleur de la peau, parfois associée à une légère sécheresse vaginale ;
- Une gêne diffuse, difficile à localiser précisément.
Puis, une fois le lichen installé, vos symptômes deviennent plus francs et plus invalidants avec :
- Des plaques blanches, nacrées ou porcellanées sur les grandes et petites lèvres, le clitoris et la zone périnéale ;
- Une peau fine, fragile, sèche, souvent comparée à du papier à cigarette ;
- Des fissures ou petites crevasses cutanées au moindre étirement ;
- Des douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunie) ou une sensation de brûlure accentuée à la miction.
À un stade avancé et sans prise en charge, la pathologie peut entraîner des modifications anatomiques irréversibles comme la fusion ou la disparition progressive des petites lèvres, le rétrécissement de l'entrée du vagin (sténose), parfois même l’enfouissement du clitoris. Rassurez-vous toutefois, ces complications surviennent généralement après plusieurs années d'évolution non traitée.
Quels facteurs sont associés au lichen vulvaire ?
L'origine exacte du lichen scléreux est encore incertaine et débattue au sein de la communauté scientifique.
Vous allez voir qu’elle n’a aucun lien avec un défaut d'hygiène intime contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser. La recherche a tout de même réussi à identifier plusieurs facteurs statistiquement associés à son apparition, sans qu'aucun ne soit reconnu comme étant la cause unique et certaine de la pathologie.
Une composante auto-immune est, par exemple, fortement suspectée dans le lichen scléreux vulvaire d’après un guide clinique récent basé sur des données observationnelles [3]. Cette étude australienne réalisée auprès de 2 243 patientes indique qu'environ un tiers des femmes adultes (34,6 %) avaient également une maladie auto-immune. Le dérèglement du système immunitaire attaquerait par erreur les tissus de la vulve, provoquant une inflammation persistante. Avec le temps, cette inflammation pourrait alors modifier la structure de la peau, favoriser la formation de tissu cicatriciel et fragiliser la zone concernée.
Des phénomènes de stress oxydatif pourraient également contribuer à l'apparition et à l'entretien des lésions [4].
Une prédisposition génétique semble également possible [4].
Comment diagnostiquer un lichen vulvaire ?
Le diagnostic débute avec un examen clinique, réalisé par un gynécologue ou un dermatologue expérimenté. Dans la plupart des cas, l'aspect des lésions (blanchâtre, nacré, cicatriciel) est suffisamment évocateur pour ne pas avoir besoin de faire d’autres examens complémentaires.
S’il existe un doute sur le diagnostic, une biopsie cutanée peut être réalisée sous anesthésie locale. Cet examen permet d'écarter d'autres pathologies ou infections aux symptômes proches comme l'eczéma chronique, le psoriasis, le vitiligo ou l'atrophie vulvaire liée à la ménopause.
Cette étape de confirmation est d’autant plus importante que le lichen scléreux vulvaire nécessite un suivi sur le long terme. En effet, plusieurs études montrent une augmentation du risque de transformation en carcinome épidermoïde vulvaire, notamment en cas de maladie ancienne ou insuffisamment traitée. Un suivi régulier permet donc de détecter précocement toute lésion suspecte et de réduire le risque de complications [5].
Le diagnostic différentiel est également essentiel, car le lichen scléreux vulvaire est encore fréquemment confondu avec des infections mycosiques. Cette confusion peut retarder le diagnostic et donc la prise en charge de plusieurs mois, voire davantage. Or, les traitements sont très différents : les antifongiques comme les ovules pour mycoses ne sont pas efficaces dans le lichen scléreux, qui nécessite une prise en charge dermatologique spécifique, généralement à base de dermocorticoïdes.
Enfin, le lichen scléreux vulvaire n’a aucun lien avec les infections fongiques telles que les mycoses cutanées, buccales ou des ongles, qui sont causées par des champignons (notamment du genre Candida ou des dermatophytes).
Comment traiter le lichen vulvaire ?
Le lichen vulvaire est une maladie chronique. Il faut donc systématiquement consulter pour se voir prescrire un traitement adapté, sans quoi vous ne pourrez pas stopper la maladie. Parmi les traitements proposés :
- Le clobétasol : l’efficacité des dermocorticoïdes est prouvée [6]. Le protocole classique associe une application quotidienne en phase de poussée, puis progressivement espacée en traitement d'entretien sur plusieurs semaines.
- Si les dermocorticoïdes sont mal tolérés ou insuffisamment efficaces, le tacrolimus (crème topique) peut être proposé en seconde intention.
- Enfin, pour les formes résistantes aux traitements de première et deuxième intention, il existe aussi la solution du laser CO2 fractionné [7].
En parallèle, votre médecin vous recommandera également de bien vous hydrater quotidiennement avec des corps gras neutres et des émollients sans parfum.
Cela permet de protéger l'épiderme fragilisé, mais aussi de limiter le risque de fissures entre les phases de poussée.
Lichen vulvaire : en bref
Le lichen vulvaire est une dermatose chronique bénigne, à ne pas confondre avec une mycose vaginale. Elle entraîne une gêne avec des douleurs et des démangeaisons. Si ses causes sont encore débattues, la science a tout de même identifié des facteurs auto-immuns, génétiques et métaboliques auxquels elle est souvent associée. Un diagnostic précoce et un traitement par corticoïdes adaptés permettent de soulager les douleurs et de prévenir les complications anatomiques à long terme.
Cet article a un objectif informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Si vous présentez des symptômes évoquant un lichen vulvaire, veillez à vous faire examiner par un professionnel de santé.
FAQ sur le lichen vulvaire
Non, car ce n'est ni une infection, ni une maladie sexuellement transmissible.
Non, c'est une maladie chronique qui se contrôle mais qui nécessite un suivi à vie.
Oui, à condition de bien traiter l'inflammation. Les douleurs diminuent généralement avec un traitement bien suivi.
De Luca, D. A. et al. Lichen sclerosus: The 2023 update. Front Med (Lausanne) 10, 1106318 (2023).
Baandrup, L., Hannibal, C. G., Hertzum-Larsen, R. & Kjær, S. K. Biopsy-verified vulvar lichen sclerosus: Incidence trends 1997-2022 and increased risk of vulvar squamous precancer and squamous cell carcinoma. Int J Cancer 155, 501–507 (2024).
Mautz, T. T., Krapf, J. M. & Goldstein, A. T. Topical Corticosteroids in the Treatment of Vulvar Lichen Sclerosus: A Review of Pharmacokinetics and Recommended Dosing Frequencies. Sex Med Rev 10, 42–52 (2022).
Gil-Villalba, A., Ayén-Rodríguez, Á., Naranjo-Díaz, M. J., Linares-González, L. & Ruiz-Villaverde, R. Efficacy of Fractional CO2 Laser Therapy in Improving Symptoms and Quality of Life in Women with Refractory Vulvar Lichen Sclerosus: A Prospective Observational Study. Life (Basel) 14, 1678 (2024).