La toxoplasmose fait partie des pathologies infectieuses à dépistage obligatoire dans le cadre du suivi de grossesse. Cette infection, due au parasite Toxoplasma gondii, est fréquente et le plus souvent bénigne. Elle peut être potentiellement grave pour le fœtus si elle survient pendant la grossesse et chez les personnes immunodéprimées. Cet article fait le point sur cette maladie parasitaire, ses symptômes et ses vecteurs de transmission. Pourquoi la toxoplasmose est-elle dangereuse pour la femme enceinte ? Et en bonus, découvrez 5 conseils de prévention.
C'est quoi la toxoplasmose ?
La toxoplasmose est une maladie causée par le parasite intracellulaire Toxoplasma gondii. Elle se transmet chez l’humain par l'ingestion de viande mal cuite infectée, d’aliments ou d’eau contaminés, ou par contact direct avec des excréments de chats.
Les symptômes de la toxoplasmose
La plupart des adultes en bonne santé sont asymptomatiques ou présentent un léger syndrome grippal avec fatigue, fièvre modérée ou ganglions cervicaux. Ces symptômes étant non spécifiques, la toxoplasmose passe souvent inaperçue et est découverte uniquement par la sérologie sanguine (IgG, IgM).
Dans les années 1970, les médecins ont découvert que la toxoplasmose pouvait devenir particulièrement grave chez les patients immunodéprimés. Chez ces personnes dont le système immunitaire est affaibli (par une maladie, le VIH, des traitements immunosuppresseurs, une greffe ou une chimiothérapie), la présence de Toxoplasma peut évoluer vers une forme sévère.
Concrètement, quand on est en bonne santé, le système immunitaire maintient le Toxoplasma gondiisous forme de kystes inactifs sans symptômes. Mais en cas de baisse des défenses immunitaires, ils se réveillent et les parasites se multiplient, provoquant une inflammation dangereuse.
Le processus pathologique se déclenche alors soit après ingestion d’aliments contaminés, soit par le biais d’un organe transplanté contenant des kystes latents. Cette réactivation du parasite peut alors impacter le système nerveux central ou la sphère oculaire [2].
Pourquoi la toxoplasmose est-elle dangereuse pendant la grossesse ?
Le danger réside dans la transmission materno-fœtale. Si la future maman contracte le Toxoplasma gondii pour la première fois lors de sa grossesse, celui-ci peut traverser le placenta et infecter le fœtus. C'est ce qu'on appelle la toxoplasmose congénitale.
Le risque de passage dépend du terme de la grossesse et augmente avec l'âge gestationnel, tandis que la gravité de la maladie diminue :
- Premier trimestre : possibilité de passage transplacentaire plus faible. En revanche, si l’agent pathogène franchit la barrière placentaire, les conséquences pour le fœtus peuvent être très graves (avortement spontané, lésions cérébrales, atteintes oculaires sévères).
- Deuxième trimestre : risque plus élevé, mais séquelles potentielles pour l'enfant moins sévères.
- Troisième trimestre : risque plus élevé en raison de l’augmentation de la perméabilité placentaire.
La toxoplasmose congénitale peut entraîner :
- des lésions du système nerveux central (hydrocéphalie, calcifications cérébrales)
- des atteintes oculaires (choriorétinite),
- une restriction de croissance
- une fausse couche ou la mort fœtale (dans les formes les plus sévères).
Certains enfants infectés in utero naissent asymptomatiques, mais peuvent développer plus tard des complications neurologiques ou oculaires, d’où l’importance du suivi à long terme.
Comment se transmet la toxoplasmose ?
Pour bien se protéger, il est important de connaître les vecteurs de transmission du parasite dans notre environnement quotidien. Tout d’abord, il faut savoir que le Toxoplasma gondii est un parasite qui peut infecter tous les animaux à sang chaud, y compris les oiseaux et les humains.
L'alimentation : premier vecteur de risque
C'est la voie de contamination la plus fréquente. Elle survient par l'ingestion de kystes tissulaires présents dans les muscles des animaux infectés.
Des études confirment que la consommation de viande crue ou peu cuite (mouton, porc, bœuf, gibier) et de charcuteries à base de chair crue ou peu salée (saucisson sec artisanal) est un mode majeur de transmission du Toxoplasma gondii chez l’humain [4].
Le risque lié à la consommation de viandes « saignantes » réside dans la survie des kystes due à une cuisson insuffisante (inférieure à 67°C à cœur), qui ne permet pas leur destruction.
Il existe également d’autres vecteurs de contamination alimentaire :
- Lait et produits laitiers non pasteurisés.
- Huître, palourdes ou moules crues.
- Produits végétaux frais et eau.
Les végétaux (fruits, légumes, herbes aromatiques) peuvent aussi être porteurs du parasite s'ils ont été en contact avec une terre elle-même contaminée par des excréments de chats infectés.
Enfin, il est établi que l'eau est un vecteur de propagation des oocystes (œufs) de Toxoplasma gondii. La contamination peut survenir par l'ingestion d'eau non filtrée, ou de fruits et légumes non lavés ou lavés avec de l'eau souillée.
Le rôle du chat dans la transmission
La toxoplasmose est l'une des maladies parasitaires les plus répandues chez les mammifères terrestres. Véritable zoonose, elle peut être contractée par contact avec des animaux domestiques, sauvages, de compagnie ou d'élevage.
Alors, savez-vous pourquoi le chat est souvent pointé du doigt ? En fait, votre félin joue un rôle essentiel dans le cycle du parasite. Il s’infecte en mangeant des proies (souris, oiseaux) ou de la viande crue, et c'est dans son intestin que le Toxoplasma gondii peut produire des oocystes. Ceux-ci se retrouvent ensuite dans ses déjections qui peuvent contaminer la terre, le sable, l’eau et, indirectement, les aliments.
Cependant il faut savoir que seuls les chats infectés pour la première fois excrètent des oocystes, et ceci pendant une période limitée. Les oocystes fraîchement excrétés ne sont pas immédiatement infectants. Ils doivent "sporuler" dans le milieu extérieur (litière, terre) pendant 1 à 5 jours pour devenir contaminants.
La probabilité de contamination ne vient pas des caresses ni d’éventuelles griffures de votre félin, mais de la manipulation de la litière sans précautions ou du jardinage dans une terre souillée.
Par ailleurs, un chat d’intérieur nourri avec une alimentation industrielle cuite est très rarement porteur du parasite.
5 règles d'or pour ne pas attraper la toxoplasmose
En France, les femmes enceintes séronégatives (qui n'ont jamais été en contact avec le parasite) bénéficient d’un suivi mensuel de la sérologie pour dépister toute nouvelle infection et renforcer les mesures de prévention. Si votre prise de sang révèle que vous n'avez pas d'anticorps, ces mesures d'hygiène deviennent vos meilleures alliées.
1. Cuisson des aliments à cœur
Cuire toute viande à cœur (≥ 67°C) est la mesure de prévention la plus importante pour limiter la contamination du parasite. Évitez de la manger crue, "bleue" ou "saignante", ainsi que des préparations type tartare, carpaccio ou marinade non cuite.
Et la congélation ? Elle peut en effet inactiver les kystes tissulaires, mais un minimum de trois jours à -20 °C est nécessaire. Les congélateurs domestiques n'offrent donc pas une garantie suffisante. La survie des kystes dépend de la température, de la durée et du type de viande [6].
2. Nettoyage minutieux des fruits et légumes
Tous les végétaux devant être consommés crus doivent être lavés soigneusement pour éliminer toute trace de terre potentiellement contaminée. Le brossage et l’épluchage sont recommandés.
3. Hygiène stricte en cuisine
Les plans de travail, ustensiles et planches ayant été en contact avec de la viande crue ou du jus doivent être soigneusement lavés. De même, le lavage des mains au savon avant de cuisiner et après avoir manipulé des aliments crus est un réflexe clé de précaution.
4. Précautions pour le jardinage
Porter des gants imperméables pour manipuler la terre pouvant être contaminée par des oocystes issus de déjections de chats, en particulier dans les jardins potagers et les bacs à sable.
5. Gestion de la litière du chat
Si vous avez un félin à la maison, déléguez le nettoyage de la litière ou portez des gants. Lavez-là à l’eau bouillante chaque jour pour éviter que les parasites n’atteignent leur forme infestante.
Diagnostic et suivi médical de la toxoplasmose
Le suivi sérologique, c’est-à-dire le dépistage sanguin régulier, est le seul moyen fiable de vérifier l'absence de contamination au cours de la grossesse. La sérologie toxoplasmique sera ainsi répétée chaque mois à partir du deuxième examen prénatal si l’immunité n’est pas acquise.
Prise de sang
Le diagnostic repose sur la recherche d'anticorps spécifiques dans le sang : les immunoglobulines G et les immunoglobulines M. La présence des premières seules traduit généralement une infection ancienne et une immunité déjà acquise. L’association des deux évoque une infection récente ou en cours.
En cas de suspicion d’infection récente chez une femme enceinte, on mesure la maturité des anticorps avec un test sanguin. Et à partir de 18-20 semaines d’aménorrhée, on réalise une PCR sur le liquide amniotique pour rechercher l’ADN du parasite [7].
Voici un tableau pour vous aider à interpréter vos résultats :
|
Résultats |
Interprétation |
Action |
|---|---|---|
IgG négatif/IgM négatif | Séronégative. Absence d'immunité. Risque d'infection primaire. | Surveillance mensuelle obligatoire |
IgG positif/IgM négatif | Infection ancienne. Immunité acquise | Pas de surveillance supplémentaire |
IgG positif/IgM positif | Infection récente ou ancienne (IgM persistantes) | Tests complémentaires (avidité des IgG) pour dater l'infection |
Quels sont les traitements de la toxoplasmose en cas de sérologie positive ?
Si une prise de sang montre une séroconversion pendant la grossesse, c’est-à-dire l’apparition soudaine d’anticorps contre le toxoplasme, cela déclenche un protocole médical urgent. Il devient impératif de réduire le risque pour le bébé (transmission materno-fœtale) et de limiter la sévérité d’une éventuelle toxoplasmose congénitale chez l’enfant.
Un traitement antibiotique spécifique du parasite Toxoplasma gondii est instauré selon le terme de la grossesse jusqu’à l’accouchement. Le fœtus fait l'objet d'un suivi échographique rapproché.
À la naissance, l'enfant bénéficie d'un examen clinique complet et d'un suivi spécialisé prolongé (sérologie, examens ophtalmologiques) pour détecter et traiter d'éventuelles séquelles tardives, notamment oculaires.
La toxoplasmose en résumé
La toxoplasmose est une maladie infectieuse fréquente, le plus souvent bénigne, mais qui nécessite une vigilance accrue pendant la grossesse. Les mesures de prévention sont simples, mais doivent être rigoureuses et associées à un suivi sérologique mensuel pour les femmes non immunisées. N'hésitez pas à poser toutes vos questions à votre sage-femme ou votre médecintout au long de votre parcours de soins.
Cet article est purement informatif et ne se substitue en aucun cas à un avis médical personnalisé.
FAQ sur la toxoplasmose
80 % des cas sont asymptomatiques. Une fatigue, de la fièvre légère ou des ganglions gonflés sont parfois présents, des symptômes semblables à un syndrome grippal.
Les principaux aliments susceptibles d’être contaminés sont les viandes crues ou peu cuites, les charcuteries non cuites, ainsi que les fruits et légumes mal lavés ayant été en contact avec de la terre souillée.
La personne en bonne santé guérit spontanément sans médicament et s’immunise. Des antibiotiques sont administrés chez la femme enceinte pour protéger le fœtus. Un traitement long est nécessaire chez les personnes immunodéprimées pour contrôler l'infection.
Le chat est l'hôte définitif du parasite et le seul animal qui excrète la forme (oocyste) capable de contaminer l'environnement, mais il ne contamine pas directement l’humain.
EFSA.Public health risks associated with food-borne parasites.2018. https://doi.org/10.2903/j.efsa.2018.5495
PJ Marin-Garcia et al.Toxoplasma gondii in Foods: Prevalence, Control, and Safety.2022.doi: 10.3390/foods1116254
HAS.Diagnostic biologique de la toxoplasmose acquise du sujet immunocompétent (dont la femme enceinte), la toxoplasmose congénitale (diagnostic pré- et postnatal) et la toxoplasmose oculaire.2017.https://www.has-sante.fr/jcms/c_2653655/fr/diagnostic-biologique-de-la-toxoplasmose-acquise-du-sujet-immunocompetent-dont-la-femme-enceinte-la-toxoplasmose-congenitale-diagnostic-pre-et-postnatal-et-la-toxoplasmose-oculaire