Le cytomégalovirus (CMV) appartient à la famille des herpèsvirus. S'il passe souvent inaperçu chez l'adulte, il est pourtant la cause principale d'infection congénitale du fœtus en France. Plusieurs études scientifiques montrent que chaque année environ 1 500 nouveau-nés naissent avec une infection congénitale au CMV et que 10 à 15 % d’entre eux développent des séquelles permanentes [1] [2].
Dans cet article, nous vous expliquons comment reconnaître les risques pour la santé de bébé et les modes de transmission. Vous découvrirez également comment adopter les réflexes de prévention indispensables pour protéger votre grossesse.
Qu'est-ce que le cytomégalovirus (CMV) ?
Le CMV est un virus très répandu qui se transmet par les fluides corporels (salive, larmes, urine, sécrétions génitales) et qui reste à l'état latent dans l'organisme après une première infection. Une fois contracté, le virus persiste à vie dans l'organisme et peut se réactiver périodiquement.
Il faut donc distinguer deux situations :
- L'infection primaire : premier contact avec le virus ;
- La réactivation: réveil du virus déjà présent dans l'organisme.
La prévalence du CMV est particulièrement élevée : la majorité des adultes rencontrent cet agent infectieux au cours de leur vie, souvent sans s'en apercevoir.
L’information des patients sur cette maladie est essentielle pour réduire les risques, car peu de femmes en ont déjà entendu parler.
Quels sont les risques pour le fœtus et le nouveau-né ?
Si le virus franchit votre barrière placentaire, il peut causer des séquelles plus ou moins graves au bébé, surtout sur le plan neurologique et auditif. Le système immunitaire maternel joue un rôle très important. Les femmes enceintes immunodéprimées doivent notamment savoir qu’elles ont un risque plus élevé d’infection grave pour le fœtus.
Les conséquences neurologiques
Les atteintes neurologiques sont les complications les plus redoutées :
- Microcéphalie (réduction du périmètre crânien) ;
- Retard psychomoteur ;
- Calcifications intracrâniennes ;
- Convulsions.
Une étude clinique confirme que les séquelles neurologiques sévères se produisent presque exclusivement quand l’infection maternelle primaire survient au premier trimestre de grossesse [4].
La surdité congénitale
Selon une étude publiée dans la revue Pediatrics (2014), l’infection congénitale à CMV est aujourd’hui la cause la plus fréquente de surdité neurosensorielle non héréditaire chez l’enfant [5]. Elle peut être :
- Présente dès la naissance ou se développer peu à peu ;
- Unilatérale ou bilatérale ;
- De sévérité variable (légère à profonde).
Quels sont les symptômes du CMV ?
Une grande étude clinique réalisée en 2024 montre qu’environ 85 à 90 % des nouveau-nés infectés par le CMV congénital sont cliniquement asymptomatiques à la naissance [6].
Lorsqu'il existe des symptômes, chez l’adulte, ces derniers ressemblent simplement à ceux d'un état grippal ou d'une mononucléose.
Cette absence de symptômes rend la maladie particulièrement difficile à identifier, car la contagion peut avoir lieu sans que la personne infectée ne s'en rende compte.
Les symptômes chez la femme enceinte
Certains symptômes peuvent vous alerter sur l’apparition de cette infection quand vous êtes enceinte. Parmi eux :
- Une fièvre modérée (souvent inférieure à 38,5°C) ;
- Une fatigue persistante et inexpliquée;
- Un syndrome pseudo-grippal : maux de gorge, douleurs musculaires ;
- Des ganglions gonflés.
Symptômes chez le fœtus
La détection de symptômes chez le fœtus se fait par échographie. Elle peut révéler :
- Un retard de croissance intra-utérin ;
- Des anomalies cérébrales (dilatation des ventricules) ;
- Des calcifications hépatiques;
- Des épanchements(liquide autour des organes).
Comment se transmet le virus et comment le prévenir ?
La transmission se fait par contact direct avec les sécrétions d'une personne infectée, le plus souvent de jeunes enfants qui vivent en collectivité (crèches, écoles maternelles). Les enfants de moins de 3 ans sont particulièrement contagieux car ils excrètent le virus en grande quantité et pendant longtemps.
Transmission
Le CMV se transmet par :
- La salive (bisous, partage de couverts) ;
- L'urine (change des couches) ;
- Les larmes;
- Les sécrétions génitales ;
- Le sang (plus rare).
Les 5 règles d'or de la prévention
Être prévoyant est le seul moyen pour lutter contre le CMV, faute de vaccin ou de traitement systématique durant la grossesse.
Voici les gestes barrières indispensables :
- Ne partagez pas les couverts, verres ou brosses à dents avec les tout-petits ;
- Ne goûtez pas les plats avec la même cuillère que l'enfant ;
- Lavez-vous soigneusement les mains après chaque change ou mouchage (eau et savon pendant 20 secondes minimum) ;
- Évitez d'embrasser les jeunes sujets sur la bouche ou près des yeux ;
- Idéalement, ne finissez pas les restes de repas des enfants.
Diagnostic et dépistage : comment savoir si on est infecté ?
Le diagnostic du CMV se fait avec une prise de sang qui analyse la présence d'anticorps(IgG et IgM) et la force avec laquelle les IgG se lient au virus (mesure de leur avidité). Cette analyse permet de distinguer une infection récente d'une infection ancienne.
Interprétation des résultats :
- IgG négatives, IgM négatives : pas d'infection, surveillance nécessaire ;
- IgG positives, IgM négatives : infection ancienne, risque faible ;
- IgM positives : infection récente possible, examens complémentaires.
En France, le dépistage du cytomégalovirus n'est pas systématique pendant la grossesse, contrairement à d'autres infections comme la rubéole ou la toxoplasmose.
Cette position de la HAS (Haute Autorité de Santé) suscite un débat médical actuel. Certains médecins plaident en faveur d’un dépistage généralisé qui permettrait d'identifier les femmes prédisposées et de renforcer les mesures de vigilance. D'autres soulignent l'absence de traitement curatif et l’impact psychologique (anxiété) liés à un résultat positif sans solution thérapeutique garantie.
L'amniocentèse est pratiquée quand une infection maternelle est confirmée pendant la grossesse, surtout quand la mère est encore dans son premier trimestre.
Traitement et prise en charge médicale
Il n'existe actuellement aucun traitement contre le CMV pendant la grossesse. Des médicaments antiviraux peuvent être proposés dans certains cas, bien que leur efficacité reste encore débattue.
Pour les bébés infectés à la naissance, un suivi régulier est mis en place pour détecter d'éventuelles séquelles auditives, visuelles (rétinite) ou neurologiques. Des tests auditifs sont réalisés dès les premiers mois de vie. Certains enfants atteints ont besoin d’un traitement antiviral pendant plusieurs mois après l'accouchement pour limiter les complications.
La stratégie thérapeutique tient compte de l'âge gestationnel au moment de l'infection, de la charge virale mesurée et l'état du système immunitaire maternel.
Le CMV (cytomégalovirus) en bref
Le cytomégalovirus est une infection au danger bien réel pendant la grossesse, même s'il reste peu connu des mamans. Ce virus peut entraîner des conséquences sérieuses pour le bébé.
Si vous adoptez une hygiène stricte au quotidien, vous réduisez les risques de contagion.
Vous ne connaissiez pas cette infection congénitale ? Parlez-en autour de vous pour sensibiliser votre entourage. Ainsi, le plus grand nombre de personnes adoptent systématiquement les gestes barrières simples.
Le CMV (cytomégalovirus) est une infection virale de la famille de l'herpès. Chez l'adulte en bonne santé, elle passe souvent inaperçue. Toutefois, chez la femme enceinte, cette maladie peut se transmettre au fœtus via le placenta et provoquer des séquelles graves à la naissance. Pendant la grossesse, il peut donner une légère fièvre et des symptômes difficiles à identifier.
Pour la plupart des personnes, l'infection à CMV est bénigne. Elle devient préoccupante pendant la grossesse. Les patients immunodéprimés (VIH, greffe d'organe) présentent également un risque plus élevé de complications sévères.
La transmission du CMV se fait par contact avec les sécrétions corporelles : salive, urine, sécrétions génitales, larmes ou sang d'une personne infectée. Les jeunes enfants en crèche excrètent souvent le virus dans leur salive et leurs urines, ce qui est une source de contamination majeure pour les femmes enceintes.
Le CMV pendant la grossesse désigne l'infection par ce virus au cours des trois trimestres de gestation. Une primo-infection (première infection) est plus risquée pour le bébé. Le diagnostic se fait par sérologie sanguine. Sans dépistage systématique en France, la vigilance par les gestes barrières est la mesure recommandée par les autorités de santé pour protéger la mère et l'enfant à naître.
Angeliki Smyrli et al. What are the neurodevelopmental outcomes of children with asymptomatic congenital cytomegalovirus infection at birth? A systematic literature review. 2024. PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39031854/
Tatiana M Lanzieri et al. Systematic review of the birth prevalence of congenital cytomegalovirus infection in developing countries. 2014. PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24631522/
Raskit Lachmann et al. Cytomegalovirus (CMV) seroprevalence in the adult population of Germany. 2018. PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30044826/
Valentine Faure-Bardon et al. Sequelae of Congenital Cytomegalovirus Following Maternal Primary Infections Are Limited to Those Acquired in the First Trimester of Pregnancy. 2019. PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30596974/
Julie Goderis et al. Hearing loss and congenital CMV infection: a systematic review. 2014. PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25349318/