La stéatose hépatique, aussi appelée maladie du foie gras, est une affection étroitement liée à notre mode de vie. Souvent silencieuse pendant plusieurs années, elle peut pourtant évoluer vers des complications si elle n'est pas prise en charge.
Quels sont ses symptômes ? Quelles sont ses causes, comment la diagnostiquer et surtout comment la traiter grâce à l'alimentation et à l'activité physique ? Découvrez tout ce qu'il faut savoir pour protéger votre foie et mieux comprendre l'origine d'une éventuelle douleur au foie.
Qu'est-ce que la stéatose hépatique ?
La stéatose hépatique correspond à une accumulation excessive de graisses, principalement des triglycérides, à l'intérieur des cellules du foie (les hépatocytes). On parle de stéatose hépatique lorsque au moins 5 % d’hépatocytes contiennent de la graisse [1].
Cette pathologie est aujourd'hui très fréquente puisqu'elle toucherait près d’1 personne sur 3 dans le monde, principalement en raison de la progression du surpoids, du diabète de type 2 et de la sédentarité [2].
Selon son importance, la stéatose peut se présenter sous différentes formes :
- Stéatose simple : excès de tissu adipeux sans inflammation importante. C'est le stade le plus précoce et il est généralement réversible.
- Stéatose diffuse : les dépôts de graisse sont répartis dans une grande partie du foie.
- Stéatose homogène : le gras est réparti de manière uniforme dans l'ensemble du foie, contrairement à une forme localisée.
La stéatose hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique vs la stéatose alcoolique
Il existe 2 grandes formes :
- La stéatose hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique (MASLD) n'est pas liée à la consommation d'alcool. Elle est principalement favorisée par le surpoids, l'obésité abdominale, le diabète de type 2, la résistance à l'insuline et le manque d'activité physique [3].
- À l'inverse, la stéatose hépatique alcoolique résulte d'une consommation excessive et prolongée d'alcool. L'alcool perturbe le fonctionnement normal du foie, qui stocke alors davantage de gras. Dans certains cas, si ce phénomène est associé à un surpoids, alors le risque de lésions hépatiques augmente [3].
De la stéatose simple à la MASH
La stéatose hépatique simple correspond au premier niveau de la maladie. À ce stade, le foie n'est pas encore inflammé. Un régime alimentaire équilibrée, une perte de poids si nécessaire et une activité physique régulière permettent souvent de faire régresser la pathologie [3].
En revanche, si cette accumulation de tissu adipeux s'accompagne d'une inflammation et de lésions des cellules du foie, la pathologie peut évoluer vers une MASH (Metabolic dysfunction-Associated Steatohepatitis), anciennement appelée NASH. Cette forme est plus sévère, car elle favorise l'apparition d'une fibrose, qui peut évoluer avec le temps vers une cirrhose, voire un cancer du foie si elle est ignorée [3].
Voici un tableau pour mieux comprendre les différences entre les principales formes :
|
Critères |
Stéatose hépatique simple (MASLD) |
Stéatose hépatique alcoolique |
MASH |
|---|---|---|---|
Cause principale | Surpoids, obésité abdominale, diabète de type 2, syndrome métabolique | Consommation excessive et prolongée d'alcool | Évolution d'une MASLD avec inflammation du foie |
Graisse dans le foie | Oui (> 5 % des hépatocytes) | Oui | Oui |
Inflammation du foie | Absente ou très faible | Possible | Oui |
Lésions des cellules du foie | Non | Oui, si l'exposition à l'alcool se poursuit | Oui |
Risque de fibrose et de cirrhose | Faible | Élevé si la consommation continue | Élevé |
Réversibilité | Très bonne avec une meilleure hygiène de vie | Possible en arrêtant l'alcool suffisamment tôt | Possible, mais nécessite une prise en charge médicale et un suivi régulier |
Quels sont les symptômes de la stéatose hépatique ?
La stéatose hépatique est qualifiée de pathologie « silencieuse ». Dans la majorité des cas, elle ne provoque aucun symptôme au début de son évolution.
Lorsque les premiers signes apparaissent, ils demeurent peu spécifiques et peuvent être facilement confondus avec ceux d'autres troubles. Vous pouvez notamment ressentir :
- Une fatigue persistante : une sensation de manque d'énergie ou d'épuisement qui ne s'explique pas par un effort particulier.
- Une gêne ou une sensation de lourdeur sous les côtes à droite : elle est liée à l'augmentation du volume du foie, qui peut exercer une légère pression sur les tissus voisins.
- Une sensation de ballonnements ou d'inconfort abdominal : certaines personnes décrivent un ventre lourd ou des troubles digestifs discrets, sans douleur intense.
En revanche, une douleur importante au niveau du foie n'est généralement pas un signal indiquant une stéatose hépatique débutante. Si la douleur est intense ou s'accompagne de fièvre, de vomissements ou d'une jaunisse, consultez rapidement un médecin.
Les symptômes aux stades avancés (MASH et fibrose)
Lorsque la stéatose hépatique est ignorée, elle peut évoluer vers une MASH (Metabolic dysfunction-Associated Steatohepatitis), puis vers une fibrose ou une cirrhose. À ces stades plus avancés, le foie fonctionne moins bien et des signes plus marqués peuvent apparaître.
Vous pouvez notamment observer :
- Une jaunisse (ictère) : la peau et le blanc des yeux prennent une coloration jaune.
- Des démangeaisons persistantes : elles sont provoquées par un excès de certaines substances normalement éliminées par le foie.
- Un gonflement des jambes ou du ventre : la présence accrue de liquide dans les tissus (œdèmes) ou dans l'abdomen (ascite) traduit une atteinte plus importante du foie.
- Des bleus qui apparaissent facilement : un foie malade produit moins efficacement les protéines impliquées dans la coagulation, ce qui favorise les hématomes et les saignements.
Quelles sont les causes de la stéatose hépatique ?
La stéatose hépatique apparaît lorsque le foie reçoit ou fabrique plus de gras qu'il n'est capable d'en éliminer. Cette situation est le plus souvent liée à un déséquilibre entre les apports alimentaires, le fonctionnement du métabolisme et le niveau d'activité physique. Avec le temps, le gras s'accumule dans les cellules du foie, ce qui favorise le développement de la pathologie.
La résistance à l'insuline et l'excès de fructose
La résistance à l'insuline est l'une des principaux responsables de la pathologie. Lorsque les cellules répondent moins bien à cette hormone, le glucose reste davantage dans le sang. Le foie transforme alors une partie de cet excès de sucre en tissu adipeux grâce à un mécanisme appelé lipogenèse de novo [3].
Le fructose consommé en grande quantité, notamment dans les sodas, les boissons sucrées et de nombreux produits ultra-transformés, accentue ce phénomène. Contrairement au glucose, il est principalement métabolisé par le foie, où il favorise la fabrication et le stockage des triglycérides [4].
L'obésité abdominale et le syndrome métabolique
L'excès de gras situé autour des organes, appelé graisse viscérale, est particulièrement néfaste pour le foie. Il libère en permanence des acides gras et des substances inflammatoires qui arrivent directement jusqu'au foie par la circulation sanguine.
C'est pourquoi les personnes présentant un surpoids, une obésité abdominale, un diabète de type 2, une hypertension artérielle ou un excès de cholestérol ont un risque plus élevé de développer une stéatose hépatique [3].
La consommation d'alcool et les toxiques
Une consommation excessive et régulière d'alcool est aussi un facteur déclenchant. En effet, il perturbe le métabolisme des graisses, ce qui favorise leur installation dans les cellules du foie [3].
Le danger est encore plus important lorsque ce phénomène est associée à un surpoids ou à un syndrome métabolique. Certains médicaments ou substances toxiques peuvent également endommager le foie, mais ils sont des facteurs beaucoup plus rares.
Comment diagnostiquer une stéatose hépatique ?
Comme la stéatose hépatique provoque rarement des signaux au début de son évolution, elle est diagnostiquée grâce à plusieurs examens complémentaires.
La prise de sang permet notamment de mesurer les enzymes du foie, appelées transaminases (ALAT et ASAT) ainsi que les Gamma-GT (GGT). Chez certains individus, ces marqueurs sont légèrement augmentés, ce qui peut traduire une souffrance des cellules du foie [3]. Toutefois, sachez que leurs valeurs peuvent rester normales malgré la présence de la pathologie.
Les principaux examens d'imagerie sont :
- L'échographie abdominale : c'est l'examen réalisé en première intention. Elle permet de mettre en évidence un « foie brillant » (ou hyperéchogène), un aspect caractéristique qui traduit une accumulation de masse grasse dans le foie.
- Le FibroScan® (élastométrie hépatique) : cet examen, rapide et indolore, mesure la rigidité du foie. Il permet d'estimer la présence et le degré d'une fibrose, c'est-à-dire d'une cicatrisation progressive du tissu hépatique.
Si une fibrose avancée est suspectée, le médecin peut également calculer des scores de fibrose non invasifs, comme le FIB-4, à partir des résultats du prélèvement sanguin. Dans certains cas plus complexes, des examens complémentaires peuvent être nécessaires afin de confirmer le diagnostic ou d'évaluer la gravité de la pathologie.
Quels sont les traitements de la stéatose hépatique ?
À ce jour, il n'existe pas de médicament capable de guérir à lui seul la stéatose hépatique.
Chez les personnes en surpoids, une perte de poids de 7 à 10 % est souvent suffisante pour diminuer nettement le gras accumulé dans le foie et améliorer l'inflammation. Cette perte de poids doit être progressive et s'appuyer sur une nutrition équilibrée ainsi que sur des habitudes de vie durables [3].
L'activité physique doit aussi être considérée. Les recommandations conseillent de pratiquer au moins 150 minutes d'activité physique par semaine, en combinant des exercices d'endurance (marche rapide, vélo, natation…) et du renforcement musculaire. Cette routine contribue à améliorer la sensibilité à l'insuline, à réduire le gras hépatique et à préserver la masse musculaire [3].
Combien de temps faut-il pour faire régresser une stéatose hépatique ?
La durée nécessaire pour faire régresser une stéatose hépatique varie d'une personne à l'autre. Elle dépend notamment de l'importance de l'atteinte du foie, de votre état de santé et de la régularité des changements mis en place au quotidien.
Les premiers signes d'amélioration peuvent apparaître après quelques mois, à condition d'adopter une alimentation équilibrée et de pratiquer une activité physique régulière.
Chez de nombreuses personnes, une amélioration du mode de vie permet de réduire significativement le tissu adipeux présent dans le foie, mais la durée nécessaire varie selon la sévérité de la maladie et les changements mis en place [3].
En revanche, si la pathologie a évolué vers une MASH ou s'accompagne déjà d'une fibrose, la récupération est généralement plus longue. Un suivi médical régulier est alors indispensable afin de limiter la progression des lésions et d'améliorer progressivement la santé du foie.
Quelle alimentation adopter en cas de stéatose hépatique ?
Votre nutrition a un rôle non-négligeable à jouer dans la prise en charge de la stéatose hépatique. Le modèle le plus recommandé est le régime méditerranéen, qui privilégie les aliments peu transformés, riches en fibres et en bons lipides, tout en limitant les sucres ajoutés et les produits ultra-transformés [5].
Les aliments à privilégier
Pour préserver la santé de votre foie, privilégiez les aliments suivants :
- Les légumes : riches en fibres, vitamines et antioxydants, ils favorisent la satiété et contribuent à ralentir l'absorption des sucres.
- Les bons lipides : l'huile d'olive, les petits poissons gras (sardines, maquereaux, harengs), les noix et les amandes apportent des acides gras bénéfiques, notamment des oméga-3.
- Les protéines de qualité : les volailles, les œufs, les poissons, les produits laitiers peu sucrés et les légumineuses aident à préserver la masse musculaire, particulièrement importante lors d'une perte de poids.
- Les aliments riches en choline : les œufs, le foie ou encore le soja apportent de la choline, un nutriment qui contribue au maintien d'une fonction hépatique normale et au métabolisme normal des lipides.
- Le chardon-Marie et l'artichaut : ces plantes sont traditionnellement utilisées pour soutenir la santé du foie. Elles contribuent à la fonction hépatique normale, mais elles ne remplacent pas une nutrition équilibrée ni un suivi médical.
Les aliments à limiter pour protéger son foie
À l’inverse, certains aliments favorisent davantage la présence de tissu adipeux dans le foie lorsqu'ils sont consommés en excès. Il est donc conseillé de limiter :
- Les boissons sucrées, comme les sodas, les boissons énergisantes et les thés glacés sucrés.
- Les produits riches en sucres ajoutés, comme les confiseries, les pâtisseries, les viennoiseries et de nombreux desserts industriels.
- Les aliments ultra-transformés, souvent riches en sucres, en lipides de mauvaise qualité et en sel.
- L'alcool, qui augmente le risque de lésions hépatiques, en particulier chez les personnes atteintes de MASLD.
- Les céréales raffinées (pain blanc, riz blanc, céréales très transformées), qu'il est préférable de remplacer le plus souvent possible par des céréales complètes ou des féculents riches en fibres, comme l'avoine, le riz complet, le quinoa ou la patate douce.
La stéatose hépatique en résumé
La stéatose hépatique est une pathologie qui évolue souvent sans symptômes pendant plusieurs années. La prendre en charge rapidement permet en général d'en limiter la progression. En adoptant un régime alimentaire de type méditerranéen, en pratiquant une activité physique régulière et en contrôlant les principaux facteurs aggravants, comme le surpoids ou le diabète de type 2, il est possible de réduire la graisse accumulée dans le foie et d'améliorer durablement sa santé.
Ce contenu est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de symptômes persistants ou de pathologies, consultez un médecin.
FAQ sur la stéatose hépatique
Lorsqu'elle est diagnostiquée tôt et prise en charge, elle n'a généralement pas d'impact sur l'espérance de vie, contrairement aux formes évoluées avec fibrose ou cirrhose.
Le traitement naturel le plus efficace repose sur un régime alimentaire de type méditerranéen, une activité physique régulière, une perte de poids si nécessaire et une réduction de l’alcool.
Vous pouvez consommer du fromage avec modération, en privilégiant les variétés moins grasses comme la mozzarella, la ricotta, le fromage frais ou le chèvre frais.
Lorca-Camara, V., Bosque-Prous, M., Bes-Rastrollo, M., O’Callaghan-Gordo, C. & Bach-Faig, A. Environmental and Health Sustainability of the Mediterranean Diet: A Systematic Review. Adv Nutr 15, 100322 (2024).