Selon les estimations, près de 20 % de la population française sera confrontée à un épisode de zona au cours de son existence [1]. Si la plupart des cas concernent le thorax ou l'abdomen, certaines localisations sont particulièrement surveillées par les médecins en raison des complications qu'elles peuvent entraîner, notamment lorsqu'elles concernent le visage et les yeux.
Douleurs importantes, éruption cutanée caractéristique et risque d'atteinte oculaire : le zona ophtalmique nécessite une prise en charge rapide. Dans cet article, découvrez comment reconnaître cette forme particulière de zona, comprendre ses facteurs de risque et connaître les traitements permettant de limiter les complications.
Qu’est-ce que le zona ophtalmique ?
Le zona ophtalmique, également appelé zona oculaire, est une forme clinique particulière de zona qui survient lorsque le virus varicelle-zona (VZV) se réactive au niveau de la branche ophtalmique du nerf trijumeau, appelée nerf V1.
Le nerf trijumeau est le principal nerf sensitif du visage. Sa branche ophtalmique assure la sensibilité du front, du cuir chevelu antérieur, de la paupière supérieure, d'une partie du nez ainsi que de plusieurs structures de l'œil. Lorsque le virus emprunte ce trajet nerveux, les symptômes apparaissent généralement sur un seul côté du visage, selon une répartition très caractéristique.
L'infection se manifeste le plus souvent par une association de douleurs nerveuses et d'une éruption cutanée localisée. Toutefois, le zona ophtalmique peut également toucher la cornée, la conjonctive, l'iris, l'uvée ou plus rarement la rétine. Cette atteinte oculaire explique pourquoi cette forme de zona est considérée comme une urgence ophtalmologique relative nécessitant un avis médical rapide.
Quelle est la cause et les facteurs de risque du zona ophtalmique ?
Le zona ophtalmique est provoqué par la réactivation du virus varicelle-zona (VZV), un virus appartenant à la famille des herpèsvirus (qui comprend également les virus de l'herpès, responsables des boutons de fièvre).
Lors de la première infection, généralement pendant l'enfance, ce virus est responsable de la varicelle. Une fois la maladie guérie, le VZV n'est pas éliminé de l'organisme : il reste à l'état latent dans certains ganglions nerveux.
Des années, voire des décennies plus tard, le virus peut se réactiver lorsque les défenses immunitaires deviennent moins efficaces. Il emprunte alors le trajet du nerf concerné jusqu'à la peau et aux tissus voisins. Dans le cas du zona ophtalmique, la réactivation survient au niveau de la branche ophtalmique du nerf trijumeau (V1), ce qui explique l'atteinte du front, de la paupière et parfois de l'œil lui-même.
Plusieurs facteurs sont connus pour favoriser cette réactivation virale :
- L'avancée en âge : le risque augmente fortement après 50 ans en raison de l'immunosénescence, un phénomène naturel correspondant au vieillissement progressif du système immunitaire. Les formes ophtalmiques sont particulièrement fréquentes chez les personnes âgées.
- Le stress chronique et le surmenage physique ou psychologique : Le lien entre zona et stress est bien établi. Effectivement, une exposition prolongée au stress s'accompagne d'une augmentation du cortisol, une hormone susceptible de perturber certaines fonctions immunitaires impliquées dans le contrôle des virus latents.
- Une immunodépression acquise ou transitoire : certaines maladies (cancers, infection par le VIH, diabète mal équilibré, maladies inflammatoires chroniques) ou certains traitements immunosuppresseurs peuvent favoriser le réveil du VZV.
- Les traitements prolongés par corticoïdes ou médicaments immunomodulateurs : en réduisant l'activité du système immunitaire, ils augmentent le risque de réactivation du virus.
- Une fatigue importante ou un épisode infectieux récent : même si leur rôle est moins bien documenté, ces situations peuvent temporairement affaiblir les défenses de l'organisme.
- Des antécédents de varicelle : seul un individu ayant déjà été infecté par le VZV peut développer un zona, puisque le virus doit être présent à l'état latent dans les ganglions nerveux.
Comment reconnaître un zona ophtalmique ? Les symptômes
Les symptômes du zona ophtalmique apparaissent généralement de façon progressive et évoluent en plusieurs étapes. Dans la plupart des cas, les douleurs nerveuses précèdent l'éruption cutanée de quelques jours. L'atteinte touche presque toujours un seul côté du visage et ne franchit pas la ligne médiane
Les signes précurseurs
Deux à trois jours avant l'apparition des premiers boutons, vous pourriez ressentir des douleurs localisées au niveau du front, du cuir chevelu ou autour de l'œil concerné.
Les symptômes les plus fréquents sont :
- Des sensations de brûlure, de picotement ou de décharges électriques.
- Une douleur profonde pouvant être décrite comme un élancement ou un broiement.
- Une hypersensibilité cutanée importante : le simple contact avec les cheveux, un chapeau ou la main peut devenir douloureux.
- Un engourdissement ou une sensation de peau « anesthésiée » sur certaines zones du visage.
- Des maux de tête localisés du même côté que les futures lésions.
- Une fatigue inhabituelle, parfois associée à une légère fièvre ou à un état grippal.
L'éruption cutanée caractéristique
Après cette phase initiale apparaît une éruption typique limitée au territoire du nerf ophtalmique.
Elle se manifeste généralement par :
- Des plaques rouges localisées sur le front et le cuir chevelu antérieur.
- Une atteinte de la paupière supérieure.
- Des lésions pouvant s'étendre à l'aile ou à la pointe du nez.
- L'apparition rapide de petites vésicules regroupées en grappes contenant un liquide clair.
- Une évolution vers des croûtes qui sèchent habituellement en 7 à 10 jours.
L'un des signes les plus importants à repérer est le signe de Hutchinson. Il correspond à la présence de boutons sur le côté ou le bout du nez. Cette localisation suggère une atteinte de la branche naso-ciliaire du nerf ophtalmique, directement reliée à certaines structures de l'œil.
Chez ces patients, le risque de complications oculaires est nettement plus élevé et justifie une consultation ophtalmologique rapide.
Les manifestations oculaires
L'atteinte de l'œil peut apparaître en même temps que l'éruption ou dans les jours qui suivent. Dans certains cas, elle survient même avant les lésions cutanées.
Les symptômes à surveiller sont :
- Un œil rouge et douloureux.
- Une sensation de sable ou de corps étranger dans l'œil.
- Un larmoiement important.
- Une difficulté à supporter la lumière (photophobie).
- Un gonflement des paupières.
- Une vision floue ou une baisse de l'acuité visuelle.
- Plus rarement, une vision dédoublée ou une difficulté à bouger l'œil lorsque certains nerfs moteurs sont touchés.
Combien de temps dure un zona ophtalmique ?
La durée d'un zona ophtalmique varie selon la rapidité de la prise en charge, l'âge du patient et l'existence ou non de complications oculaires. Dans la majorité des cas, l'épisode aigu s'étend sur 2 à 4 semaines, mais certains symptômes peuvent persister plus longtemps.
Lorsque l'œil est touché, la récupération peut être plus longue. Certaines inflammations de la cornée ou de l'iris nécessitent un suivi ophtalmologique pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Chez certaines personnes, notamment après 60 ans, la douleur peut persister malgré la disparition complète des boutons. Cette complication, appelée névralgie post-zostérienne, peut durer plusieurs mois et plus rarement plusieurs années.
Combien de temps est contagieux le zona ophtalmique ?
Contrairement à la varicelle, le zona ophtalmique est relativement peu contagieux. Une personne atteinte ne transmet pas directement un zona à son entourage, mais elle peut transmettre le virus varicelle-zona à une personne qui n'a jamais eu la varicelle ou n'a jamais été vaccinée.
Dans ce cas, la personne contaminée développera une varicelle et non un zona.
La contagion est possible uniquement lorsque les vésicules contiennent encore du liquide infectieux.
La période contagieuse débute :
- Dès l'apparition des premières vésicules.
- Tant que les lésions restent humides ou suintantes.
La contagiosité cesse généralement :
- Lorsque toutes les vésicules sont transformées en croûtes sèches.
- Soit environ 7 à 10 jours après le début de l'éruption.
Comment soigner un zona ophtalmique ?
Le zona ophtalmique constitue une urgence thérapeutique relative. En raison du risque de complications cornéennes, d'uvéite, de glaucome secondaire ou de baisse permanente de la vision, le traitement doit être instauré le plus rapidement possible après l'apparition des premiers symptômes.
Le traitement antiviral : la priorité absolue
Les médicaments antiviraux administrés par voie orale, principalement le valaciclovir, l'aciclovir ou le famciclovir, font figure de traitement de référence [2]. L'objectif est de freiner la multiplication du virus, de réduire la durée de l'épisode aigu et surtout de limiter les complications oculaires et neurologiques.
Pour être pleinement efficace, le traitement doit idéalement être débuté dans les 72 heures suivant l'apparition de l'éruption cutanée. Toutefois, lorsqu'une atteinte oculaire est suspectée ou confirmée, les spécialistes recommandent souvent de l'instaurer même au-delà de ce délai.
Les traitements ophtalmologiques spécialisés
Lorsque l'œil est touché, l'ophtalmologue adapte le traitement en fonction des structures atteintes.
Selon les cas, plusieurs types de collyres peuvent être utilisés :
- Des larmes artificielles pour protéger la surface oculaire et limiter les irritations.
- Des collyres lubrifiants en cas de sécheresse oculaire ou d'altération de la sensibilité cornéenne.
- Des collyres corticoïdes destinés à contrôler l'inflammation de la cornée, de l'iris ou de l'uvée.
- Des collyres mydriatiques (comme l'atropine) permettant de maintenir la pupille dilatée afin de réduire certaines douleurs et prévenir les adhérences de l'iris.
- Plus rarement, des traitements destinés à contrôler une augmentation de la pression intraoculaire lorsqu'un glaucome secondaire apparaît.
Les soins locaux et les mesures d'hygiène
Quelques gestes simples permettent de favoriser la cicatrisation et de limiter le risque de surinfection :
- Nettoyer délicatement les lésions cutanées à l'eau tiède et au savon doux.
- Sécher la peau sans frotter.
- Éviter de percer les vésicules.
- Se laver soigneusement les mains après tout contact avec les lésions.
- Éviter le port de lentilles de contact pendant la phase aiguë.
- Porter des lunettes de soleil en cas de photophobie importante.
Les anti-inflammatoires sont-ils déconseillés ?
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), comme l'ibuprofène ou le kétoprofène, sont généralement déconseillés en cas d'infection virale cutanée. Bien que les données spécifiques au zona soient limitées, plusieurs autorités sanitaires recommandent la prudence en raison d'un risque accru de complications infectieuses cutanées observé avec ces médicaments [3].
En cas de douleur ou de fièvre, le paracétamol reste généralement le traitement de première intention.
Quelles sont les complications oculaires et nerveuses ?
Le zona ophtalmique est la forme de zona la plus redoutée en raison des complications potentiellement graves qu'il peut provoquer au niveau de l'œil et des nerfs. En l'absence de prise en charge rapide, certaines lésions peuvent entraîner des séquelles durables, voire une perte de vision irréversible.
Selon les données scientifiques récentes, les principales complications sont les suivantes [5] :
- La kératite zostérienne : il s'agit d'une inflammation de la cornée, la membrane transparente située à l'avant de l'œil. Cette atteinte peut provoquer des ulcérations cornéennes, une diminution de la sensibilité de la cornée et la formation de cicatrices permanentes susceptibles d'altérer la vision.
- L'uvéite ou la kérato-uvéite : l'inflammation touche alors les structures internes de l'œil, notamment l'iris et le corps ciliaire. Cette complication peut s'accompagner d'une augmentation de la pression intraoculaire et favoriser l'apparition d'un glaucome secondaire.
- La conjonctivite et les atteintes de la surface oculaire : fréquentes au cours du zona ophtalmique, elles peuvent provoquer rougeur, irritation, sécheresse oculaire et inconfort prolongé.
- L'atteinte des nerfs oculomoteurs : plus rare, elle peut entraîner une vision double (diplopie), une difficulté à bouger l'œil ou une chute de la paupière en raison d'une paralysie de certains muscles oculaires.
- La névralgie post-zostérienne : il s'agit de la complication neurologique la plus fréquente. Même après la disparition des lésions cutanées, les fibres nerveuses endommagées continuent d'envoyer des signaux douloureux au cerveau. Les patients décrivent souvent des brûlures, des décharges électriques ou une hypersensibilité persistante pouvant durer plusieurs mois, voire plusieurs années.
- La neuropathie optique : dans de rares cas, le virus peut affecter le nerf optique. Cette complication peut provoquer une baisse importante de la vision et nécessite une prise en charge spécialisée urgente.
- La rétinite ou la nécrose rétinienne aiguë : heureusement rare, cette atteinte de la rétine constitue l'une des complications les plus graves du zona ophtalmique. Elle peut entraîner la destruction progressive du tissu rétinien et conduire à une perte visuelle sévère, voire à une cécité définitive.
- Les récidives inflammatoires oculaires : certaines personnes peuvent développer des épisodes répétés de kératite ou d'uvéite plusieurs mois après l'infection initiale, nécessitant un suivi ophtalmologique prolongé.
Peut-on prévenir le zona de l'œil ?
La prévention constitue aujourd'hui le moyen le plus efficace de réduire le risque de zona ophtalmique et de ses complications. En France, la vaccination contre le zona est recommandée chez les adultes âgés de 65 à 74 ans.
Les vaccins recombinants de nouvelle génération offrent une protection élevée, avec une efficacité supérieure à 90 % contre le zona et les névralgies post-zostériennes d’après plusieurs études cliniques [6]. Cette vaccination est également recommandée chez les personnes ayant déjà présenté un épisode de zona, car une récidive reste possible.
Même si aucun mode de vie ne garantit une protection totale contre la réactivation du virus varicelle-zona, certaines habitudes peuvent contribuer au bon fonctionnement du système immunitaire. Un sommeil de qualité, une activité physique régulière adaptée à ses capacités, une alimentation équilibrée et une bonne gestion du stress participent au maintien des défenses naturelles de l'organisme.
Le zona ophtalmique en résumé
Le zona ophtalmique est une forme particulière de zona causée par la réactivation du virus varicelle-zona au niveau du nerf ophtalmique. Il se manifeste généralement par des douleurs intenses d'un seul côté du visage, suivies d'une éruption cutanée sur le front, la paupière ou le nez, parfois associée à une atteinte de l'œil. En raison du risque de complications oculaires potentiellement graves, comme la kératite, l'uvéite ou la baisse de vision, une prise en charge rapide est essentielle. Un traitement antiviral instauré précocement permet de limiter les lésions et d'améliorer le pronostic. Enfin, la vaccination et le maintien d'une bonne santé immunitaire constituent aujourd'hui les meilleures stratégies pour réduire le risque de développer cette affection.
Ce contenu est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de symptômes persistants ou de pathologies, consultez un professionnel de santé.
FAQ sur le zona ophtalmique
Les principales séquelles sont la névralgie post-zostérienne, les cicatrices cornéennes et, dans les cas les plus sévères, une baisse durable de la vision.
L'ophtalmologiste examine les différentes structures de l'œil afin de détecter une éventuelle atteinte cornéenne ou intraoculaire et met en place les traitements adaptés pour prévenir les complications.
Le zona ophtalmique survient lorsque le virus varicelle-zona, resté latent dans les ganglions nerveux depuis une ancienne varicelle, se réactive à la faveur d'un affaiblissement des défenses immunitaires.
Minor, M., Gurnani, B. & Payne, E. Herpes Zoster Ophthalmicus. in StatPearls (StatPearls Publishing, Treasure Island (FL)), (2026).
Zeevaert, R., Thiry, N., Maertens de Noordhout, C. & Roberfroid, D. Efficacy and safety of the recombinant zoster vaccine: A systematic review and meta-analysis. Vaccine X 15, 100397 (2023).