La symphyse pubienne peut être à l’origine de douleurs pelviennes pendant la grossesse et d’inconforts chez certaines femmes. Cette articulation, située à l’avant du bassin, est particulièrement sollicitée au cours de cette période.
Dans cet article, découvrez les causes possibles des douleurs de la symphyse pubienne, les autres manifestations qui peuvent les accompagner et les solutions pour les prendre en charge.
Qu'est-ce que la symphyse pubienne ?
La symphyse pubienne est une articulation cartilagineuse qui relie les deux os pubiens à l’avant et au centre du bassin. Elle est constituée d’un disque recouvert de cartilage et maintenue par plusieurs ligaments.
Contrairement aux articulations très mobiles comme le genou, la symphyse pubienne possède une mobilité naturellement très faible.
Cette faible mobilité lui permet de jouer un rôle de zone de stabilité au sein de la ceinture pelvienne.
Au quotidien, la symphyse pubienne participe à la transmission des forces à travers le bassin et les membres inférieurs. Elle contribue notamment à absorber les contraintes exercées lors de la marche.
Quand parle-t-on d’un dysfonctionnement de la symphyse pubienne ?
Pendant la grossesse, cette articulation évolue progressivement pour s’adapter aux transformations de l’organisme. La croissance de l’utérus déplace le centre de gravité vers l’avant et modifie la répartition des charges exercées sur la ceinture pelvienne, notamment dans la zone pubienne.
Sous l'effet des hormones de grossesse, notamment de la relaxine et des œstrogènes, les ligaments de la symphyse pubienne s'assouplissent progressivement. Ces hormones favorisent aussi un remodelage du collagène et une accumulation d'eau dans les tissus, préparant ainsi le bassin à l'accouchement.
Ce phénomène physiologique se traduit par un élargissement de la symphyse pubienne de 3 à 5 mm, qui reste normal et régresse généralement dans les mois suivant l'accouchement. Chez certaines femmes, cet assouplissement peut néanmoins devenir source de douleur [1, 2].
Zoom sur le diastasis de la symphyse pubienne
Lorsque l’écartement dépasse le seuil habituel de 10 mm, on parle de diastasis de la symphyse pubienne (DSP). Il correspond à une séparation ou une instabilité excessive de cette articulation, sans fracture des os pubiens [1].
Quelles sont les causes d’une douleur à la symphyse pubienne pendant la grossesse ?
Pendant la grossesse, les ligaments du bassin s’assouplissent sous l'effet de la relaxine, et le poids de l'utérus vient s'ajouter à cette pression sur le pubis. Cette combinaison contribue en partie à expliquer ce phénomène.
Le rôle de la relaxine et le syndrome de Lacomme
La relaxine est une hormone notamment sécrétée par le corps jaune et par le placenta pendant la grossesse. Elle joue un rôle dans les adaptations nécessaires au déroulement de la grossesse et de l’accouchement puisqu’elle favorise notamment :
- Le relâchement du muscle utérin lisse ;
- La maturation du col ;
- L’assouplissement des ligaments de la symphyse pubienne.
Son taux est particulièrement élevé durant les trois premiers mois de grossesse et pendant la période périnatale [3].
Toutefois, le rôle exact de la relaxine dans l’apparition d’une instabilité pubienne reste incertain. Les études disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’un taux élevé de cette hormone suffise, à lui seul, à provoquer une laxité excessive des articulations pelviennes [4].
Chez certaines, cette laxité ligamentaire peut néanmoins devenir plus importante et perturber la stabilité de la symphyse pubienne et de la ceinture pelvienne. Cette instabilité peut alors entraîner des douleurs au niveau du pubis, des articulations sacro-iliaques ou encore des tiraillements dans l’aine [1, 3, 4, 5]. En France, cet ensemble de signes est parfois désigné sous le nom de syndrome de la symphyse pubienne.
Les traumatismes physiques et obstétricaux rares
Au-delà des facteurs hormonaux liés à la grossesse, certains facteurs mécaniques peuvent également être impliqués dans l’apparition d’un DSP. Parmi eux, on retrouve notamment les antécédents de traumatisme pelvien ou certains traumatismes survenant lors de l’accouchement, comme les manœuvres obstétricales difficiles ou l’utilisation de forceps [1].
D’autres facteurs obstétricaux ou liés au fœtus ont également été évoqués, comme un travail précipité, une asymétrie pelvienne ou un poids fœtal élevé. Toutefois, ces données reposent principalement sur des études rétrospectives, sans groupe contrôle rigoureux, ce qui limite la portée de ces conclusions [3].
Quels sont les symptômes d'une atteinte de la symphyse pubienne ?
Le principal symptôme est une douleur localisée au niveau du pubis. Elle s'intensifie généralement à la marche, lors des changements de position ou des mouvements qui sollicitent une jambe plus que l'autre, comme monter des escaliers, sortir d'une voiture ou se retourner dans le lit. Soulever une charge ou se tenir sur un seul pied peut également devenir difficile ou très douloureux.
Cette douleur peut irradier vers l'aine, le sacrum ou la face antérieure des cuisses. Certaines personnes décrivent également une sensation de brûlure au vers le pubis [1, 5].
D'autres signes peuvent survenir comme :
- Une sensation de blocage ou de claquement au niveau de la symphyse pubienne, notamment lors des changements de position impliquant une flexion de hanche.
- Des difficultés à réaliser certains gestes du quotidien, comme passer de la position couchée à la position debout, se pencher ou soulever un objet.
- Plus rarement, une marche dandinante, dite « en canard », liée à l'instabilité de la ceinture pelvienne [1, 5].
Comment est posé le diagnostic médical ?
Le diagnostic repose avant tout sur un entretien clinique et un examen physique réalisés par une sage-femme, un médecin traitant ou un gynécologue-obstétricien.
Lors de l’entretien, le professionnel recherche notamment une difficulté à se retourner dans le lit, une douleur qui augmente en montant ou en descendant les escaliers.
L'examen clinique comprend ensuite plusieurs tests, notamment une palpation profonde de la région sus-pubienne afin de rechercher une douleur localisée. Le professionnel de santé peut également réaliser un test de Trendelenburg modifié, utilisé pour évaluer la stabilité de la ceinture pelvienne [4, 5].
Si nécessaire, des examens d'imagerie peuvent compléter le bilan.
Comment apaiser la symphyse pubienne ?
Dans la grande majorité des cas, le traitement d'une atteinte de la symphyse pubienne est non chirurgical. Il vise avant tout à calmer la douleur et à restaurer progressivement la stabilité du bassin.
Plusieurs mesures peuvent être proposées :
- Porter une ceinture pelvienne afin de stabiliser la zone et de limiter les douleurs.
- Adapter les gestes du quotidien afin de limiter les contraintes exercées sur le bassin. Par exemple, évitez de porter des charges lourdes, de rester debout trop longtemps ou de prendre appui sur un seul pied. Pour sortir du lit ou de la voiture, gardez les genoux serrés et pivotez le buste et les jambes d'un seul bloc. Pour dormir, placez un oreiller de maternité entre les genoux et les chevilles afin de mieux aligner le bassin.
- Calmer la douleur avec un traitement adapté : selon la situation, le médecin peut prescrire du paracétamol ou, dans certains cas, des anti-inflammatoires non stéroïdiens pour une courte durée. L'application de froid sur la zone douloureuse est également recommandée.
- Recourir à des aides à la mobilité si nécessaire : une reprise progressive de la marche est recommandée. Des béquilles, un déambulateur ou, dans les formes les plus sévères, un fauteuil roulant peuvent être proposés lorsque les douleurs limitent fortement les déplacements.
- Suivre des séances de kinésithérapie, fondées sur des exercices isométriques, passifs et actifs visant à renforcer les muscles stabilisateurs du tronc et du bassin, sans provoquer de surcharge asymétrique [1, 4].
Certaines personnes rapportent un soulagement après des séances d'ostéopathie. Les études indiquent toutefois que son bénéfice spécifique reste difficile à confirmer, puisqu'elle ne s'est pas révélée plus efficace qu'un placebo [6]. Les massages sont eux aussi parfois utilisés, bien que les preuves scientifiques de leur efficacité restent limitées [4].
Quel est l'impact sur l'accouchement et le post-partum ?
Une douleur au niveau de la symphyse pubienne n'empêche pas, dans la majorité des cas, les accouchements par voie basse. Seules les formes les plus sévères, lorsque la mobilité devient trop limitée, peuvent rendre certaines positions difficiles ou impossibles.
Une adaptation des postures pendant le travail est toutefois nécessaire afin de limiter les contraintes exercées sur la ceinture pelvienne. Certaines positions sont à privilégier pour préserver le confort de la future maman. Il est notamment recommandé d'éviter une ouverture excessive des cuisses, en particulier sous péridurale lorsque la sensibilité douloureuse est diminuée.
L'équipe médicale doit être informée des douleurs afin d'adapter les gestes et de ne pas dépasser le seuil de confort de la patiente. Les positions latérales ou à quatre pattes peuvent être privilégiées, car elles limitent les contraintes exercées sur l'avant du bassin [5].
Après l'accouchement, les changements hormonaux contribuent progressivement au retour des tissus pelviens vers leur état antérieur. Dès la délivrance du placenta, les taux d'œstrogènes et de progestérone diminuent fortement, retrouvant leurs niveaux d'avant grossesse en quelques jours. La relaxine diminue également progressivement, avec un retour vers les valeurs de référence en plusieurs semaines [7, 8].
Dans la majorité des cas, ces douleurs pelviennes de grossesse régressent spontanément dans les semaines suivant l'accouchement. Les données disponibles indiquent une disparition des symptômes chez 93 % des patientes dans les trois premiers mois du post-partum [4, 5].
Le port d'une ceinture pelvienne peut également être recommandé durant cette période afin de soutenir le bassin, notamment lors des activités comme le portage du bébé [4].
Dans les formes sévères de DSP, lorsqu'une instabilité importante persiste ou que les traitements initiaux ne suffisent pas, une prise en charge spécialisée peut être nécessaire. Une rééducation prolongée peut alors aider à restaurer progressivement la stabilité du bassin et les capacités fonctionnelles [1].
La symphyse pubienne en résumé
La symphyse pubienne est une articulation située à l’avant du bassin, dont la mobilité évolue naturellement pendant la grossesse pour accompagner les adaptations de l’organisme. Chez certaines, cette évolution peut s’accompagner de douleurs au niveau du pubis, parfois gênantes dans les gestes du quotidien.
Lorsque l’écartement entre les deux os pubiens devient excessif, on parle de diastasis de la symphyse pubienne. Cette situation reste rare et nécessite une prise en charge adaptée pour soulager les douleurs et restaurer progressivement la stabilité du bassin.
Dans la majorité des cas, les symptômes s’améliorent progressivement après l’accouchement grâce à des mesures adaptées, comme l’adaptation des gestes quotidiens, le port d’une ceinture pelvienne, la kinésithérapie ou un traitement contre la douleur si nécessaire.
Les informations mentionnées dans cet article sont fournies à titre indicatif uniquement et ne peuvent se substituer à l'avis d'un professionnel de santé.
FAQ sur la symphyse pubienne
Les signes les plus fréquents sont une douleur localisée au niveau du pubis, une gêne à la marche, des difficultés à monter les escaliers ou à changer de position, ainsi qu’une sensation de blocage ou de claquement au niveau du bassin.
Oui, une douleur à la symphyse pubienne n’empêche généralement pas un accouchement par voie basse.
Kanakaris, N. K., Roberts, C. S. & Giannoudis, P. V. Pregnancy-related pelvic girdle pain: an update. BMC Med 9, 15 (2011).
Hall, H. et al. The effectiveness of complementary manual therapies for pregnancy-related back and pelvic pain. Medicine (Baltimore) 95, e4723 (2016).
Wu, X. & Jin, R. Effects of postpartum hormonal changes on the immune system and their role in recovery. Acta Biochim Pol 72, 14241 (2025).
Parker, E. A., Meyer, A. M., Goetz, J. E., Willey, M. C. & Westermann, R. W. Do Relaxin Levels Impact Hip Injury Incidence in Women? A Scoping Review. Front Endocrinol (Lausanne) 13, 827512 (2022).