Présents dans de nombreux aliments du quotidien, les additifs alimentaires font régulièrement l'objet de questionnements. Conservateurs, colorants, édulcorants, régulateurs d'acidité ou encore émulsifiants, gomme et amidons modifiés : chacune de ces substances est inscrite sur une liste européenne d’additifs autorisés, qui définit des conditions d'emploi et des doses maximales propres à chaque catégorie de produits.
Pour autant, les interrogations persistent : ces additifs sont-ils tous artificiels ? Les phosphates et autres sels de sodium présentent-ils un réel risque pour la santé ? Faut-il à tout prix éviter les aliments qui contiennent des conservateurs ou des régulateurs d’acidité ?
Dans cet article, découvrez à quoi servent les additifs alimentaires (ou agents technologiques), comment les repérer sur une étiquette, comment ils sont réglementés et quels sont leurs effets potentiels sur la santé.
Qu'est-ce qu'un additif alimentaire ?
Un additif alimentaire est une substance ajoutée volontairement à un aliment au cours de sa fabrication afin de remplir une fonction technologique précise. Son rôle consiste à améliorer la stabilité, la sécurité ou les qualités sensorielles [1].
Les substances utilisées sont très variées. On retrouve notamment des acides (acide citrique, ascorbique…), des sels de sodium, des phosphates, des amidons modifiés ou encore différents esters.
Un additif peut remplir différentes missions :
- Agent conservateur : il freine le développement des bactéries, levures et moisissures afin d’améliorer la durée de conservation
- Agent antioxydant : il protège les aliments de l’oxydation, responsable notamment du rancissement des matières grasses ou du brunissement de certains fruits
- Agent colorant : il renforce ou rétablit la couleur d’un aliment.
- Agent antiagglomérant : il empêche la formation de grumeaux dans les poudres alimentaires
- Émulsifiant : il permet le mélange durable de l’eau et des matières grasses.
- Agent épaississant et gélifiant : il modifie la texture pour rendre un produit plus onctueux ou plus ferme
- Exhausteur de goût : il intensifie certaines saveurs sans modifier la composition globale du produit
- Édulcorant : il procure une saveur sucrée avec peu ou pas de calories
- Régulateur d’acidité : il permet de maintenir un pH stable
Les fabricants disposent d'une liste de molécules autorisées par la réglementation européenne. Avant d'être inscrit sur cette liste, chaque additif fait l'objet d'une évaluation scientifique approfondie.
Comment lire et comprendre les codes des additifs ?
Pour faciliter leur identification, les additifs autorisés dans l'Union européenne possèdent un code commençant par la lettre “E” (pour “Europe”), suivie de trois ou quatre chiffres.
Ce système permet d'indiquer qu'une substance a été évaluée et autorisée pour un usage alimentaire dans des conditions définies par la réglementation européenne.
Chaque famille de codes correspond à une fonction technologique spécifique [4] :
|
Famille |
Fonction |
Exemples |
|---|---|---|
E100-E199 | Colorants | Curcumine (E100), Rouge de betterave (E162) |
E200-E299 | Conservateurs | Sorbate de potassium (E202), sels de calcium (E263) |
E300-E399 | Antioxydants et correcteurs d’acidité | Vitamine C (acide ascorbique, E300), sels de potassium (E340), sels de calcium (E327, E333), |
E400-E499 | Épaississants, gélifiants, émulsifiants | Gomme guar (E412), gomme xanthane (E415), pectines (E440) |
E500-E599 | Régulateurs d’acidité, antiagglomérants | Bicarbonate de sodium (E500), phosphates de calcium (E341), sels de potassium (E508), silicate de calcium (E552), silicate de magnésium, carbonate d’ammonium |
E600-E699 | Exhausteurs de goût | glutamate (E621) |
E900-E999 | Édulcorants | aspartame (E951), sucralose (E955) |
Additifs naturels et additifs de synthèse : faut-il s’en méfier ?
Les additifs alimentaires sont souvent perçus comme des substances artificielles. Pourtant, cette vision est réductrice : un additif naturel n'est pas systématiquement plus sûr qu'un additif de synthèse, et inversement [5].
Les additifs d'origine naturelle
De nombreux additifs proviennent directement du monde végétal, animal ou minéral :
- La vitamine C (E300), utilisée comme antioxydant
- Les lécithines (E322) issues du soja ou du tournesol, qui facilitent le mélange entre l'eau et les matières grasses
- L’agar-agar (E406), extrait d'algues rouges et utilisé comme gélifiant
- Les pectines(E440)naturellement présentes dans les pommes et les agrumes
- Les dérivés de l'amidon, largement utilisés dans l'industrie alimentaire. L'amidon peut alors provenir du maïs, de la pomme de terre, du blé ou du tapioca.
Il existe également des cas particuliers :
- Les amidons modifiés conservent cette origine végétale mais subissent des traitements destinés à améliorer leur stabilité, leur résistance à la chaleur ou leur pouvoir épaississant.
- Les esters d'acides gras (E470 à E495) sont obtenus à partir d'acides gras d'origine végétale ou animale et de glycérol. Selon leur procédé de fabrication, ils peuvent être obtenus à partir de matières premières naturelles, mais sont généralement considérés comme des additifs fabriqués. Ces esters permettent notamment de stabiliser les mélanges entre eau et matières grasses.
Les additifs de synthèse
D'autres additifs sont obtenus par synthèse chimique ou par des procédés biotechnologiques (grâce à la fermentation de micro-organismes vivants). C'est notamment le cas de certains colorants, conservateurs ou édulcorants comme l'aspartame ou le sucralose.
Leur fabrication ne les rend pas automatiquement nocifs. Avant leur autorisation, ils sont soumis à une évaluation toxicologique approfondie portant notamment sur :
- Leur génotoxicité (le risque d'abîmer l'ADN des cellules)
- Leur potentiel cancérogène
- Leur toxicité chronique (les effets néfastes possibles en cas de consommation répétée à long terme)
- Leurs effets sur la reproduction et le développement
- Leur devenir dans l'organisme
En revanche, certains additifs de synthèse font actuellement l'objet de recherches afin de mieux comprendre leurs effets potentiels à long terme, notamment sur le microbiote intestinal ou la santé métabolique [6].
Aussi, certaines substances comme les phosphates sont obtenues à partir de composés phosphatés d'origine minérale puis transformés pour un usage alimentaire. Les phosphates constituent une famille d'additifs minéraux utilisée comme régulateurs d'acidité, agents levants ou stabilisants et regroupent une famille d'additifs comprenant notamment le phosphate de sodium, le phosphate de calcium ou encore le phosphate de potassium.
Comment les additifs alimentaires sont-ils réglementés ?
Dans l'Union européenne, aucun nouvel additif ne peut être utilisé sans une autorisation préalable délivrée par la Commission européenne, après une évaluation scientifique réalisée par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).
L'évaluation réalisée par l'EFSA repose sur plusieurs étapes : elle examine la toxicologie, l'exposition alimentaire, le devenir dans l'organisme et les données disponibles chez l'Homme. Une nouvelle évaluation peut être menée lorsqu'apparaissent de nouvelles données scientifiques [1].
La Dose Journalière Admissible (DJA)
Pour de nombreux additifs, les experts définissent une Dose Journalière Admissible (DJA).
Elle correspond à la quantité pouvant être consommée chaque jour, toute la vie, sans risque identifiable pour la santé, sur la base des connaissances scientifiques disponibles.
En pratique, cela signifie que les limites réglementaires sont fixées avec une importante marge de précaution.
Les principales familles d'additifs autorisés
Les additifs autorisés dans l'Union européenne regroupent plusieurs centaines de substances. On retrouve notamment des conservateurs, des antioxydants, des colorants, des régulateurs d'acidité, des épaississants, des gélifiants, des émulsifiants, des gommes, des agents antiagglomérants comme certains silicates, ainsi que des esters de sorbitane. Certains additifs apportent du calcium, du potassium, de l'ammonium ou de l'aluminium sous forme de sels, lorsque cela est nécessaire pour assurer leur fonction technologique.
Les additifs alimentaires présentent-ils un danger pour la santé ?
L’effet cocktail
La majorité des additifs autorisés sont considérés comme sûrs lorsqu'ils sont consommés dans les limites fixées par les autorités sanitaires. Cependant, les connaissances évoluent et certaines molécules font actuellement l'objet de recherches, notamment lorsqu'elles sont consommées de façon répétée dans le cadre d'une alimentation riche en produits ultra-transformés.
Un consommateur peut également être exposé simultanément à plusieurs dizaines d'additifs présents dans différents aliments. Cette situation est appelée “effet cocktail”.
À ce jour, les preuves restent limitées et il est difficile de déterminer si ces expositions combinées entraînent des effets spécifiques chez l'Homme. Les chercheurs considèrent néanmoins ce sujet comme une priorité de recherche [8]
L’impact sur le microbiote intestinal
Depuis quelques années, les travaux sur le microbiote intestinal ont profondément renouvelé l'étude des additifs alimentaires.
Des études expérimentales suggèrent que certains émulsifiants pourraient modifier la composition du microbiote, altérer la barrière intestinale et favoriser une inflammation de bas grade [9]. Parmi les émulsifiants figurent notamment les esters de sorbitane (E491 à E495), utilisés notamment dans certains desserts, sauces ou produits de boulangerie.
Chez l'Homme, les données restent plus limitées. Les grandes cohortes françaises NutriNet-Santé ont mis en évidence des associations entre une consommation plus élevée de certains émulsifiants et un risque accru de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 ou de certains cancers [10]. En revanche, ces études observationnelles ne permettent pas de conclure à une relation de cause à effet. D'autres facteurs liés au mode de vie ou à la consommation d'aliments ultra-transformés peuvent également intervenir
Quels additifs alimentaires méritent une vigilance particulière ?
Tous les additifs ne présentent pas le même niveau de preuve scientifique ni le même degré d’exposition dans l’alimentation moderne. La plupart sont considérés comme sûrs aux doses réglementaires, mais certains font l’objet de recherches plus approfondies, notamment en raison de leur présence fréquente dans les produits ultra-transformés.
L’objectif ici n’est pas d’interdire, mais de comprendre où se situent les zones de vigilance selon l’état actuel des connaissances scientifiques [11] :
- Les colorants de synthèse (E102, E110, E124) : Bien que certains de ces colorants puissent avoir un effet possible chez des enfants particulièrement sensibles, les autorités sanitaires considèrent aujourd'hui que le risque reste faible aux doses autorisées. Pour réduire votre exposition, privilégiez les aliments contenant des colorants issus d'ingrédients bruts (comme le curcuma, le paprika ou la betterave) ou tournez-vous vers des produits globalement moins transformés.
- Les nitrites et nitrates (E249 à E252) : Ces additifs peuvent participer à la formation de nitrosamines dans les viandes transformées. La science indique que le risque est avant tout lié à une consommation élevée et régulière de charcuteries. Idéalement, limitez votre consommation de charcuterie et privilégiez les viandes fraîches, le poisson, les œufs, les légumineuses ainsi que les produits portant la mention « sans nitrites ajoutés », le tout dans le cadre d'une alimentation globale équilibrée.
- Les agents émulsifiants (E433, E466) : Certaines études scientifiques suggèrent des effets possibles de ces agents sur le microbiote intestinal, mais les preuves directes chez l’humain restent encore limitées. Pour les éviter, essayez de réduire votre consommation de produits ultra-transformés industriels et cuisinez davantage avec des ingrédients simples.
- Les exhausteurs de goût (Glutamate E621) : La science ne montre aucun risque avéré aux doses alimentaires habituelles. Une sensibilité individuelle reste possible, mais elle n'est pas démontrée à grande échelle. Pour vous en passer, apprenez à cuisiner en rehaussant les saveurs avec des herbes, des épices, des aromates, des bouillons maison ou des aliments naturellement riches en umami comme les tomates, les champignons ou le parmesan.
- Les agents édulcorants (Aspartame E951, Sucralose E955, Maltitol E965) : Leur sécurité est actuellement confirmée par les autorités aux doses autorisées, même si leurs effets sur le microbiote et le métabolisme continuent d’être activement étudiés. L'alternative idéale reste de réduire progressivement votre attrait pour le goût sucré global en privilégiant l'eau, les infusions et les produits peu sucrés, ou en optant si besoin pour de la stévia pure (E960). Vous pouvez aussi vous tourner vers la glycine cristallisée : bien qu'il s'agisse d'un acide aminé essentiel à l'organisme et absolument pas d'un édulcorant, elle possède un goût naturellement doux qui permet de sucrer subtilement vos préparations en plus de ses fonctions nutritionnelles de base.
Première fois que j'ai acheté ce produit que je ne connaissais pas, sur les conseils d'une amie. Ce produit est si doux et agréable. Légèrement sucré mais avec des propriétés très étonnantes et bienfaisantes. Je le conseille très vivement !
Corinne D.
Additif alimentaire : l’essentiel à retenir
Ces molécules jouent un rôle central dans la sécurité sanitaire et la stabilité des aliments industriels. Sans eux, de nombreux produits auraient une durée de conservation très limitée et une qualité organoleptique moins stable.
La littérature scientifique indique aujourd’hui que :
- La majorité des additifs autorisés en Europe sont sûrs aux doses réglementaires
- Certains additifs font encore l’objet de recherches, notamment sur le microbiote et les effets à long terme
- Les risques potentiels sont fortement dépendants du contexte alimentaire global (notamment la consommation d’aliments ultra-transformés)
- L’approche la plus robuste reste la diversification alimentaire et la réduction des produits ultra-transformés.
Les informations de cet article sont données à titre éducatif. Elles ne remplacent pas un avis médical. Consultez votre médecin ou votre pharmacien avant toute décision de santé
FAQ sur l'additif alimentaire
Les aliments ultra-transformés sont les plus riches en additifs : plats préparés, charcuteries, sodas, confiseries, desserts industriels et sauces. Ils contiennent souvent plusieurs types d'agents technologiques, comme des conservateurs, des régulateurs d'acidité, des phosphates, de l'amidon modifié ou des édulcorants.
Privilégiez les aliments bruts ou peu transformés et cuisinez davantage maison.
Les colorants autorisés en Europe sont évalués pour leur sécurité. Certains, comme l'E102 ou l'E110, font l'objet d'une vigilance particulière chez les enfants sensibles.
Les additifs peuvent être indiqués par leur code E ou par leur nom : acide citrique, acide ascorbique, phosphate de calcium, bicarbonate de sodium, amidon modifié ou encore différents agents de texture et régulateurs d'acidité.
Le phosphate de calcium et le phosphate de potassium sont des additifs utilisés comme régulateur d'acidité, stabilisant ou agent levant. Leur utilisation est strictement encadrée par la réglementation européenne, une évaluation scientifique est réalisée avant leur autorisation.
Guidance on the scientific data requirements for an application for authorisation of a food additive submitted under Regulation (EC) No 1331/2008 (2026)
Suez, J. et al. Non-caloric artificial sweeteners and the microbiome: findings and implications. Gut Microbes 15, 2194788 (2015).
European Commission. Commission Regulation (EU) 2022/63 of 14 January 2022 amending Annexes II and III to Regulation (EC) No 1333/2008 of the European Parliament and of the Council as regards the food additive titanium dioxide (E171). Off. J. Eur. Union L 11, 1–4 (2022).
European Food Safety Authority (EFSA) Scientific Committee. Risk Assessment of Combined Exposure to Multiple Chemicals (RACEMiC). EFSA Journal Virtual Issue. Wiley Online Library (2022)
Andrew T. Gewirtz, et al. Food additives, microbiota and human health. Nature Reviews Gastroenterology & Hepatology. 2024.
Sellem, L., Srour, B., Javaux, G. et al. Food additive emulsifiers and risk of cardiovascular disease in the NutriNet-Santé cohort: prospective cohort study. BMJ 382, e076058 (2023).
Ekenci, K.D., Köksal, E. Dietary exposure assessment to food additives: a critical review of food consumption surveys. Nutrire 49, 10 (2024)