Perte de poids inexpliquée, cœur qui s’emballe, nervosité, transpiration excessive… Certains signes peuvent apparaître lorsque la thyroïde se dérègle et accélère le fonctionnement de l’organisme. Mais ces manifestations sont parfois discrètes ou facilement confondues avec celles d’autres troubles.
Dans cet article, vous découvrirez comment reconnaître l’hyperthyroïdie, quelles peuvent être ses causes, comment elle est diagnostiquée et prise en charge.
Qu'est-ce que l'hyperthyroïdie ?
L’hyperthyroïdie correspond à une production excessive d’hormones par la glande thyroïde, une petite glande située à la base du cou.
Elle produit principalement deux hormones : la thyroxine (T4) et la triiodothyronine (T3), qui participent à la régulation du métabolisme, du rythme cardiaque et de la température corporelle.
Le fonctionnement de la thyroïde est lui-même contrôlé par l’hypophyse, une petite glande située dans le cerveau. Celle-ci produit la TSH (thyréostimuline), une hormone qui donne en quelque sorte l’ordre à la thyroïde de fabriquer ses hormones.
Lorsque les concentrations de T3 et de T4 deviennent trop élevées, l’organisme réduit naturellement la production de TSH : son taux sanguin devient alors généralement très bas.
En France, une vaste étude nationale publiée en 2025 a identifié 112 992 personnes traitées pour une hyperthyroïdie en 2020, soit environ 0,17 % de la population. Les femmes étaient environ 3,2 fois plus nombreuses que les hommes parmi les personnes concernées [2]. Attention toutefois : ces chiffres portent uniquement sur l'hyperthyroïdie traitée et ne représentent donc pas nécessairement l'ensemble des cas.
Quels sont les symptômes de l'hyperthyroïdie ?
Les manifestations peuvent varier d'une personne à l'autre, mais les symptômes les plus fréquents de l'hyperthyroïdie sont :
- une perte de poids involontaire,
- des palpitations,
- une mauvaise tolérance à la chaleur,
- une transpiration excessive,
- une nervosité inhabituelle
- un transit accéléré.
Ils s'expliquent en grande partie par l'accélération du métabolisme provoquée par l'excès d'hormones thyroïdiennes.
Les signes cardiovasculaires et métaboliques
- Tachycardie et palpitations : vous pouvez avoir l'impression que votre cœur bat trop vite, trop fort ou de manière irrégulière, y compris au repos. Une augmentation de la pression artérielle systolique peut également être observée [1].
- Perte de poids et intolérance à la chaleur : votre organisme dépense davantage d'énergie au repos, ce qui peut entraîner un amaigrissement malgré un appétit normal, voire augmenté. Cette accélération du métabolisme augmente également la production de chaleur : vous supportez moins bien les températures élevées et pouvez transpirer davantage [1].
La perte de poids ne concerne d'ailleurs pas uniquement la masse grasse. Lorsque l'hyperthyroïdie se prolonge, elle peut également favoriser une diminution de la masse et de la force musculaires, ce qui contribue à la sensation de faiblesse ou de fatigue.
Les manifestations neuropsychiques et digestives
- Nervosité et insomnie : vous pouvez vous sentir plus irritable, anxieux ou agité que d'habitude. Une certaine difficulté à trouver le sommeil peut aussi se manifester [1].
- Accélération du transit intestinal : les hormones thyroïdiennes stimulent également le fonctionnement du système digestif. Vous pouvez alors aller à la selle plus souvent et présenter des selles plus molles, voire une diarrhée dans certains cas [1].
Quelles sont les causes principales d'une hyperthyroïdie ?
L'hyperthyroïdie peut avoir plusieurs origines. La maladie de Basedow est la cause la plus fréquente, mais une production excessive d'hormones peut également provenir d'un ou plusieurs nodules thyroïdiens. Certaines inflammations de la thyroïde et certains médicaments peuvent aussi provoquer un excès d'hormones thyroïdiennes dans le sang.
La maladie de Basedow
La maladie de Basedow (ou “Graves disease” dans la littérature scientifique) est une maladie auto-immune : votre système immunitaire produit par erreur des anticorps, appelés anticorps anti-récepteurs de la TSH (TRAb ou TRAK), capables de stimuler la thyroïde. Celle-ci reçoit alors en permanence le signal de fabriquer des hormones, même lorsque l'organisme n'en a pas besoin [3].
Cette maladie touche davantage les femmes et apparaît souvent entre 30 et 50 ans. Elle peut entraîner une augmentation diffuse du volume de la thyroïde, appelée goitre.
Chez certaines personnes, elle provoque également une atteinte des yeux appelée orbitopathie de Basedow, qui peut notamment se manifester par des yeux rouges ou secs, une sensation de pression, une rétraction des paupières ou une protrusion des globes oculaires [4].
Les nodules toxiques et les goitres multinodulaires
Un nodule thyroïdien peut parfois devenir « autonome » : il se met à produire des hormones indépendamment des signaux envoyés par l'hypophyse. Lorsqu'un seul nodule fonctionne de cette manière, on parle d'adénome ou de nodule toxique [5].
Lorsque plusieurs zones de la thyroïde deviennent autonomes, on parle de goitre multinodulaire toxique. Cette cause d'hyperthyroïdie devient plus fréquente avec l'âge et s'observe notamment chez les personnes présentant un goitre ancien.
Les causes médicamenteuses
Certains traitements peuvent être à l'origine d'un excès d'hormones thyroïdiennes. C'est notamment le cas de l'amiodarone, un médicament très riche en iode utilisé pour certains troubles du rythme cardiaque, qui peut provoquer différents types de thyrotoxicose [7].
Enfin, une dose trop importante d'hormones thyroïdiennes utilisées pour traiter une hypothyroïdie, comme la lévothyroxine (Levothyrox® et autres spécialités), peut également entraîner une thyrotoxicose d'origine médicamenteuse. Le dosage du traitement doit donc être régulièrement adapté à l'aide d'un suivi biologique [8].
Les thyroïdites
Certaines inflammations de la thyroïde peuvent également provoquer une thyrotoxicose temporaire (différente d’une hyperthyroidie). C'est notamment le cas de la thyroïdite subaiguë de De Quervain ou de la thyroïdite du post-partum [6].
Dans ce cas, la thyroïde ne fabrique pas nécessairement davantage d'hormones : l'inflammation endommage les cellules thyroïdiennes et libère dans le sang les hormones qui étaient déjà stockées dans la glande. Cette phase est donc généralement transitoire et peut parfois être suivie d'une période d'hypothyroïdie.
Comment établir le diagnostic biologique et médical de l'hyperthyroïdie ?
Lorsque vos symptômes font suspecter une hyperthyroïdie, le médecin commence par un examen clinique et une prise de sang. Le dosage de la TSH constitue l'examen biologique de première intention, puis les concentrations de T4 libre (T4L) et parfois de T3 libre (T3L) permettent de préciser le diagnostic et son importance.
- La TSH : lorsqu'une hyperthyroïdie est présente, son taux est généralement très bas, car l'hypophyse réduit sa production en réponse à l'excès d'hormones thyroïdiennes. Une TSH basse ne suffit pas, à elle seule, à confirmer une hyperthyroïdie avérée : elle doit être interprétée avec les hormones thyroïdiennes et le contexte clinique.
- La T4 libre et la T3 libre : si la TSH est basse, leur dosage permet de déterminer si vous présentez une hyperthyroïdie avérée. Dans ce cas, la T4L et/ou la T3L sont élevées. Chez certains patients, seule la T3 peut être augmentée.
- Les anticorps anti-récepteurs de la TSH (TRAb ou TRAK) : leur recherche est utile lorsque le médecin suspecte une maladie de Basedow. Un résultat positif dans un contexte compatible oriente fortement vers une maladie de Basedow, mais son interprétation reste médicale et ne doit pas être considérée isolément.
Ces différents dosages peuvent être intégrés à un bilan hormonal plus complet afin d'aider le médecin à comprendre l'origine du dérèglement thyroïdien.
Les examens d'imagerie ne sont pas systématiquement nécessaires pour confirmer biologiquement l'hyperthyroïdie. Ils peuvent toutefois être prescrits pour identifier sa cause ou étudier la structure de la thyroïde.
L'échographie, éventuellement associée au Doppler, permet d'observer la taille et la structure de la thyroïde, de rechercher des nodules et d'évaluer sa vascularisation. La scintigraphie thyroïdienne, elle, apporte une information différente : elle permet d'étudier l'activité fonctionnelle des différentes zones de la thyroïde.
Quels sont les risques et complications de l'hyperthyroïdie non traitée ?
Lorsqu'elle persiste sans traitement, l'hyperthyroïdie peut avoir des conséquences sur plusieurs organes :
- Des troubles cardiovasculaires : l'excès d'hormones thyroïdiennes augmente le travail du cœur et peut favoriser une accélération du rythme cardiaque ou une fibrillation auriculaire. Cette dernière augmente notamment le risque de formation de caillots et d'AVC [9].
- Une fragilisation des os : l'hyperthyroïdie accélère le renouvellement du tissu osseux. Lorsqu'elle se prolonge, elle peut réduire la densité minérale osseuse et contribuer à augmenter le risque d'ostéoporose et de fractures [10].
- Des complications oculaires : en cas de maladie de Basedow, l'orbitopathie peut provoquer une sécheresse ou une irritation des yeux, une rétraction des paupières, une vision double ou une protrusion des globes oculaires. Les formes sévères peuvent, plus rarement, menacer la vision [4].
- Une crise thyrotoxique : cette complication rare constitue une urgence médicale potentiellement mortelle. Elle correspond à une aggravation brutale de la thyrotoxicose et peut associer forte fièvre, accélération importante du rythme cardiaque, troubles neurologiques et défaillance de plusieurs organes [11].
Quels sont les traitements médicaux de l'hyperthyroïdie ?
Trois solutions majeures permettent de traiter l'hyperthyroïdie : les médicaments antithyroïdiens, l'iode radioactif et la chirurgie. Le médecin peut également prescrire un traitement destiné à soulager rapidement certains symptômes.
Les antithyroïdiens de synthèse et les bêta-bloquants
Les antithyroïdiens de synthèse (ATS) diminuent la fabrication des hormones thyroïdiennes [12]. Parmi eux figurent notamment le thiamazole, le carbimazole et le propylthiouracile. Dans la maladie de Basedow, le traitement est souvent poursuivi pendant environ 12 à 18 mois, mais sa durée peut être adaptée en fonction de votre réponse et du risque de récidive.
Ces médicaments nécessitent un suivi médical et biologique régulier. Certains effets indésirables sont rares mais potentiellement graves : en cas de fièvre ou de mal de gorge important sous antithyroïdien, contactez rapidement un professionnel de santé afin d'écarter une diminution sévère des globules blancs.
En complément, un bêta-bloquant comme le propranolol peut être prescrit au début de la prise en charge. Il ne traite pas directement la cause de l'hyperthyroïdie, mais permet de réduire rapidement certains symptômes comme les palpitations, l'accélération du rythme cardiaque et les tremblements [13].
L'iode radioactif et la chirurgie
- L'iode radioactif (iode 131) : pris par voie orale, il est capté par les cellules de la thyroïde puis les détruit progressivement grâce à son rayonnement. Son effet apparaît progressivement et une hypothyroïdie peut ensuite survenir, nécessitant un traitement hormonal substitutif. Ce traitement est contre-indiqué pendant la grossesse et l'allaitement [5].
- La thyroïdectomie : cette intervention consiste le plus souvent à retirer la totalité de la thyroïde dans les situations où un traitement chirurgical définitif est indiqué. Après une thyroïdectomie totale, un traitement par hormones thyroïdiennes doit être pris à vie [5].
Quel mode de vie adopter lors d'une hyperthyroïdie ?
Le mode de vie ne remplace pas le traitement médical, mais certaines habitudes peuvent vous aider à mieux supporter les symptômes. Une alimentation équilibrée, un repos suffisant et l'arrêt du tabac sont notamment recommandés.
- Arrêter de fumer : le tabac augmente notamment le risque de développer ou d'aggraver l'orbitopathie associée à la maladie de Basedow [14].
- Éviter les excès d'iode : évitez notamment les compléments alimentaires fortement dosés et les produits à base d'algues très riches en iode sans avis médical. Il n'est généralement pas nécessaire de supprimer les aliments contenant naturellement de l'iode [15].
- Conserver une alimentation équilibrée et suffisamment protéinée : l'hyperthyroïdie et l’alimentation sont liées. Elle peut favoriser la perte de poids et de masse musculaire. Veillez donc à couvrir suffisamment vos besoins énergétiques et protéiques.
- Veiller au calcium et à la vitamine D : une hyperthyroïdie prolongée peut fragiliser les os, d'où l'intérêt de maintenir des apports nutritionnels adaptés.
- Limiter les excitants : si vous souffrez de palpitations, de tremblements ou de nervosité, réduire le café et les boissons énergisantes peut améliorer votre confort.
- Adapter votre activité physique : en période d'hyperthyroïdie non contrôlée, privilégiez le repos et adaptez l'intensité de vos entraînements à votre état et aux recommandations de votre médecin.
- Bien vous hydrater : une transpiration importante et une mauvaise tolérance à la chaleur peuvent augmenter vos besoins en eau.
- Prendre soin de votre sommeil et gérer votre stress : relaxation, horaires réguliers et repos peuvent vous aider à mieux supporter la nervosité et les troubles du sommeil.
L'hyperthyroïdie en résumé
L’hyperthyroïdie correspond à un excès d’hormones thyroïdiennes capable d’accélérer de nombreuses fonctions de l’organisme et de provoquer des symptômes aussi variés que des palpitations, une perte de poids, des troubles du sommeil ou une nervosité inhabituelle. Un diagnostic précoce permet d’identifier la cause et de mettre en place un traitement adapté, qu’il s’agisse de médicaments antithyroïdiens, d’iode radioactif ou, dans certaines situations, de chirurgie. Si vous présentez des symptômes évocateurs, parlez-en à votre médecin : une simple prise de sang constitue généralement la première étape du bilan.
Ce contenu est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de symptômes persistants ou de pathologies, consultez un professionnel de santé.
FAQ sur l’hyperthyroïdie
Oui, l'hyperthyroïdie peut entraîner une perte de poids involontaire, parfois malgré un appétit conservé ou augmenté, car l'excès d'hormones thyroïdiennes accélère le métabolisme.
Une TSH basse peut notamment être associée à une hyperthyroïdie et à des symptômes comme des palpitations, des tremblements, une perte de poids ou une intolérance à la chaleur, mais elle doit toujours être interprétée avec les taux de T4L et de T3L.
Une prise de sang dosant la TSH et, si nécessaire, la T4L et la T3L permet de faire la distinction, l'hyperthyroïdie étant généralement associée à une TSH basse et l'hypothyroïdie à une TSH élevée dans leurs formes primaires.
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