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Protéinurie : comprendre la présence de protéines dans les urines

Ce qu'il faut retenir
La protéinurie correspond à un excès de protéines dans les urines (+150 mg/24 heures). Son dépistage est indispensable pendant la grossesse pour prévenir la pré-éclampsie.
Protéinurie : comprendre la présence de protéines dans les urines
Mis à jour le 27/02/2026 - Temps de lecture 7 min

Vos reins fonctionnent comme des filtres biologiques. Ils éliminent les déchets de votre organisme tout en gardant les éléments essentiels comme les protéines. Dans des conditions normales, ces molécules vitales restent dans votre circulation sanguine et ne se retrouvent qu'en quantités infimes dans vos urines.

Parfois, il arrive que ce système de filtration se dérègle et laisse passer des protéines en excès dans vos urines. Cette anomalie, appelée protéinurie, peut révéler différentes situations allant d'un simple épisode temporaire lié à l'effort physique jusqu'à des pathologies plus sérieuses qui nécessitent une prise en charge médicale.

Dans cet article, nous vous expliquons tout ce qu'il faut savoir sur la protéinurie : ses causes multiples, les différentes protéinuries, les méthodes de dépistage (notamment pendant la grossesse), l'interprétation des résultats et la conduite à tenir selon les situations.

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Qu'est-ce que la protéinurie exactement ?

Chez l’adulte, la protéinurie est définie comme une excrétion urinaire de protéines supérieure à 150 mg sur 24 heures, seuil au-delà duquel une analyse plus approfondie est recommandée [1]. Pour mieux comprendre ceci, il faut s'intéresser au fonctionnement de vos reins.

Vos reins contiennent des millions de petites unités de filtration appelées glomérules. Ces structures agissent comme des tamis microscopiques qui laissent passer l'eau et les déchets tout en retenant les grosses molécules comme les protéines et les cellules sanguines.

Dans des conditions physiologiques normales, seules de très petites quantités de protéines traversent cette barrière glomérulaire. La plupart sont ensuite réabsorbées par de petits tubes qu’on appelle les tubules rénaux, si bien que moins de 150 mg de protéines sont normalement éliminées dans les urines quotidiennes.

Il existe différentes protéinuries :

  • La protéinurie physiologique : temporaire et bénigne, elle peut survenir après un effort intense, en cas de fièvre ou de déshydratation ;
  • La protéinurie pathologique : persistante, elle traduit une maladie ou une atteinte du système de filtration rénal.

Pourquoi recherche-t-on des protéines dans les urines pendant la grossesse ?

Quand vous êtes enceinte, la recherche de protéinurie fait partie du suivi médical systématique. Cette surveillance sert à dépister la pré-éclampsie, une complication grave de la grossesse.

La pré-éclampsie associe une hypertension artérielle et une protéinurie supérieure à 0,3 g par 24 heures chez la femme enceinte [2]. Cette pathologie peut évoluer vers des complications graves pour la mère et l'enfant : convulsions (éclampsie), insuffisance rénale ou retard de croissance fœtal.

Pendant la grossesse, vos reins subissent des modifications physiologiques importantes. Par exemple, vos reins travaillent plus : le sang circule davantage et ils filtrent plus rapidement. Ces adaptations, normales en début de grossesse, peuvent parfois révéler une fragilité de votre système de filtration rénal.

Le dépistage précoce de la protéinurie permet donc une prise en charge rapide et adaptée. Il réduit les risques de complications maternelles et fœtales.

Quelles sont les causes possibles d'une protéinurie ?

Les causes temporaires et bénignes

Plusieurs études scientifiques indiquent qu’une protéinurie transitoire peut être provoquée par divers facteurs [3] [4].

  • L'effort physique intense : il peut temporairement rendre les filtres des reins un peu plus perméables ;
  • La fièvre élevée : l'hyperthermie modifie la circulation rénale et peut augmenter l'excrétion protéique ;
  • La déshydratation : elle concentre les urines et peut fausser les résultats ;
  • La protéinurie orthostatique : certaines personnes ont une protéinurie uniquement en position debout (phénomène bénin qui concerne surtout les adolescents).

Les causes liées aux pathologies rénales

Les maladies rénales chroniques sont les causes les plus fréquentes de protéinurie persistante. Parmi elles :

  • Le diabète : l'hyperglycémie chronique est une maladie qui endommage progressivement les glomérules ;
  • L'hypertension artérielle : une hypertension peut provoquer un durcissement des vaisseaux rénaux et altérer la filtration [5] ;
  • Les glomérulonéphrites : ce sont des inflammations des filtres des reins d'origine auto-immune ou infectieuse ;
  • Le syndrome néphrotique : il s’agit d’une atteinte très importante des filtres du rein, qui provoque une fuite massive de protéines dans l’urine (protéinurie supérieure à 3 g/24h).
Diabète est l'une des causes liés aux pathologies rénales

Les causes infectieuses

Vous pouvez également présenter une protéinurie temporaire en cas d’infections urinaires sévères comme la pyélonéphrite. L'inflammation des voies urinaires altère la perméabilité des reins, ce qui permet le passage de protéines dans les urines.

Ces causes potentielles sont citées à titre indicatif. Consultez un médecin pour établir un diagnostic précis et écarter toute pathologie sous-jacente.

Quels sont les symptômes associés à une protéinurie élevée ?

Une protéinurie modérée est souvent asymptomatique. C'est d’ailleurs pour cela qu’elle est souvent découverte pendant un examen de routine ou examen de dépistage systématique.

En revanche, quand les taux de protéines dans les urines deviennent très élevés, plusieurs signes cliniques peuvent apparaître :

  • Les urines deviennent mousseuses ou pétillantes ;
  • Des Œdèmes apparaissent : la perte de protéines dans les urines favorise la rétention d'eau. Des gonflements apparaissent d'abord aux chevilles, puis ils peuvent s'étendre aux mains et au visage ;
  • Fatigue et essoufflement : la diminution des protéines sanguines peut provoquer une anémie et une baisse de la capacité de transport de l'oxygène.

Comment diagnostiquer une protéinurie ?

La bandelette urinaire : un test de dépistage rapide

Pour faire le diagnostic de la protéinurie, vous pouvez utiliser des bandelettes urinaires spécifiques. Ces tests simples et rapides utilisent une réaction colorimétrique pour détecter la présence d'albumine dans vos urines.

Résultats possibles :

1. Négatif : pas de protéinurie détectable

2. Traces :

  • Protéinurie légère (0,15 à 0,30 g/L)
  • Protéinurie modérée (0,30 à 1 g/L)
  • Protéinurie importante (> 1 g/L)
Le mot de l’expert :
Les tests de bandelette urinaire peuvent donner des faux positifs en cas d'urines très concentrées ou alcalines et des faux négatifs si la protéinurie ne contient pas d'albumine.

Le dosage sur les urines des 24 heures : la méthode de référence

Le dosage protéique sur urines de 24 heures est un autre examen proposé pour quantifier précisément une protéinurie. Il nécessite de recueillir toutes vos urines pendant 24 heures consécutives.

Voici le tableau des valeurs de référence qui vous permet d'interpréter vos résultats :

Niveau

Protéinurie (mg/24h)

Signification

Normal

< 150

Pas d'anomalie

Modéré

150-500

Surveillance recommandée

Important

500-3000

Bilan néphrologique nécessaire

Sévère

> 3000

Syndrome néphrotique

Risques et complications : quand faut-il s'inquiéter ?

Une protéinurie persistante n'est jamais anodine. Elle peut évoluer vers des complications.

  • Risque d'insuffisance rénale chronique : la perte continue de protéines témoigne d'une atteinte des reins qui peut évoluer vers une destruction irréversible du tissu rénal ;

  • Risques cardiovasculaires associés : une étude observationnelle incluant près de 25 000 patients indique que la protéinurie est un facteur de risque indépendant d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral [6].

  • Urgence obstétricale : chez la femme enceinte, l'association protéinurie-hypertension nécessite une prise en charge immédiate. Les signes d'alarme sont des maux de tête intenses, des troubles visuels (mouches volantes, vision floue), des douleurs au-dessus du ventre et des œdèmes du visage et des mains.
Encadré expert :
Une protéinurie supérieure à 1 g/24h doit toujours faire l'objet d'un bilan néphrologique complet, même en l'absence de symptômes. Le dépistage précoce permet souvent de ralentir l'évolution vers l'insuffisance rénale chronique.

Prise en charge et traitement : comment faire baisser les protéines dans les urines ?

Il faut d’abord traiter la pathologie sous-jacente responsable de l'atteinte rénale pour traiter la protéinurie. Votre médecin peut donc vous proposer ceci :

  • Contrôler votre diabète : gardez votre taux de sucre dans le sang sous contrôle pour protéger vos reins. ;
  • Maintenir votre tension artérielle : certains médicaments peuvent la diminuer et ainsi protéger vos reins ;
  • Boire plus ou suffisamment : il est recommandé de boire 1,5 à 2 litres d'eau par jour pour aider vos reins à éliminer les déchets et réduire la concentration des protéines urinaires. Attention, vos besoins en eau peuvent être plus élevés si vous faites du sport ou s’il fait très chaud. ;
  • Faire un suivi néphrologique régulier : un spécialiste des reins peut suivre l'évolution de votre fonction rénale et adapter le traitement selon vos besoins spécifiques.

Quelques mesures diététiques simples peuvent aussi prévenir la protéinurie comme le fait de limiter le sel, par exemple. Votre médecin peut également vous demander de réduire vos apports protéiques.

Mesures diététiques pour contrôler le diabète
Ces solutions et conseils ne doivent être envisagés qu'une fois toute maladie écartée par votre médecin.

Le contrôle du poids est important, car il faut maintenir un IMC normal pour réduire la pression sur les reins.

Les observations cliniques, appuyées par plusieurs études, indiquent que la prise en charge précoce d'une protéinurie peut considérablement ralentir l'évolution vers l'insuffisance rénale terminale.

La protéinurie en bref

En résumé, la présence de protéines dans les urines est un indicateur de votre état de santé général. Qu'il s'agisse d'un épisode passager lié à l'effort ou d'un signe de pathologie plus profonde, la protéinurie impose toujours un suivi médical approprié pour protéger votre fonction rénale sur le long terme.

Le dépistage régulier, particulièrement important pendant la grossesse, permet une prise en charge précoce et efficace. N'hésitez pas à consulter votre médecin si vous observez des urines mousseuses persistantes ou des œdèmes inexpliqués.

Les informations contenues dans cet article sont données à titre informatif et ne remplacent en aucun cas l'avis d'un professionnel de santé. Consultez toujours votre médecin pour un diagnostic et un traitement adaptés à votre situation personnelle.

FAQ sur la protéinurie

Le taux normal de protéinurie est inférieur à 150 mg sur 24 heures. Au-delà de ce seuil, un examen complémentaire est nécessaire pour rechercher l'origine de cette anomalie.

Une protéinurie modérée est souvent asymptomatique. Les symptômes apparaissent quand elle devient importante : urines mousseuses, œdèmes aux chevilles et au visage, fatigue et troubles généraux.

Les causes peuvent varier : effort physique intense, fièvre, déshydratation (protéinurie orthostatique bénigne), diabète, hypertension artérielle, maladies rénales comme la glomérulonéphrite, syndrome néphrotique ou encore infections urinaires.

Le dépistage se fait par test urinaire avec bandelette (méthode rapide) ou par dosage des protéines sur les urines de 24 heures (méthode de référence pour un diagnostic précis).

L'albuminurie est la présence d'albumine (principale protéine du sang) dans les urines. C'est le type de protéinurie le plus fréquent et un marqueur précoce d'atteinte rénale.

Références :
[1]

Mobeen Z. et al. Proteinuria. 2024. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK564390/

[2]

Xin Dong et al.Proteinuria in preeclampsia: Not essential to diagnosis but related to disease severity and fetal outcomes.2017.  https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28501282/

[3]

Karthik Kovvuru et al.Diagnostic approach to orthostatic proteinuria: a combination of urine micro-proteinuria with ultrasonography of the left renal vein. 2020. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7333150/

[4]

Curtis J. Ingold et al.Orthostatic Proteinuria. 2023. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32965979/

[5]

Áine M De Bhailis et al.Hypertension and the kidneys. 2022. DOI : 10.12968/hmed.2021.0440

[6]

Anxin Wang et al.Two-year changes in proteinuria and risk for myocardial infarction in patients with hypertension: a prospective cohort study.2017. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28678085/