Selon une étude Inserm (2022), 10 millions de Français, dont 65 % des plus de 65 ans, sont concernés par l’arthrose, l’une des principales causes de douleurs articulaires. Longtemps considérée comme une simple usure liée à l’âge, cette maladie des articulations repose en réalité sur des mécanismes complexes associant altération du cartilage, inflammation locale et contraintes mécaniques excessives. Face à la douleur, les patients se tournent souvent vers des médicaments anti-inflammatoires. Or, les traitements de l’arthrose ne se résument pas à la prise médicamenteuse et reposent également sur le mouvement adapté. La kinésithérapie, les infiltrations intra-articulaires, la viscosupplémentation par l'acide hyaluronique ou encore certains compléments alimentaires font partie des solutions pour apaiser, améliorer la mobilité et préserver la fonction articulaire. Cet article explore les différents traitements contre l’arthrose, leur fonctionnement et comment réduire la douleur au quotidien par des gestes simples.
Qu’est-ce que l’arthrose exactement ?
L’arthrose est une maladie articulaire chronique où le cartilage et l’os sous-chondral se dégradent progressivement. Elle se manifeste par des douleurs, une raideur et une inflammation locale liée à une accumulation de liquide dans la cavité articulaire. Les facteurs déclenchants peuvent être :
- L’âge.
- Les contraintes mécaniques (trop de pression sur vos articulations : genou, hanche).
- La faiblesse musculaire, les traumatismes articulaires (professionnels ou sportifs) et les facteurs anatomiques, dysplasies (malformations).
- Certaines maladies osseuses ou inflammatoires.
- Des troubles métaboliques (obésité, diabète, hypertension). [2]
Quel est le rôle du cartilage dans l’articulation ?
Le cartilage articulaire est un tissu lisse et élastique qui recouvre les extrémités osseuses, permettant le glissement sans frottement et jouant un rôle d’amortisseur dans l’articulation. Dans l’arthrose, la matrice cartilagineuse se fissure, le réseau de collagène se fragilise, les chondrocytes (cellules cartilagineuses) réagissent en produisant des enzymes, les métalloprotéases matricielles (MMP), qui accélèrent sa dégradation, provoquant une perte d’épaisseur du cartilage.
L'os sous-chondral, situé juste sous le cartilage, se densifie (se sclérose). Il développe parfois des excroissances : les ostéophytes (becs osseux ou becs de perroquet), ce qui modifie la répartition des pressions au sein de l’articulation et entretient la gêne. La membrane synoviale peut également s’enflammer (synovite), ce qui explique les “poussées” douloureuses avec gonflement et chaleur locale.
Pourquoi l’inconfort varie-t-il d’un jour à l’autre ?
La douleur arthrosique est mécanique, elle n’est pas constante et augmente avec le mouvement. Elle dépend :
- De la sollicitation articulaire, notamment de la charge mécanique appliquée à l’articulation.
- De l'état inflammatoire synovial fluctuant.
- De la fatigue musculaire.
La sensation douloureuse varie selon l’exercice physique effectué la veille, la météo (temps humide), le stress, la qualité du sommeil et l’état de sensibilisation du système nerveux central. Lorsque la douleur dure et se répète, le cerveau et la moelle épinière sont davantage sensibilisés et réagissent au moindre mouvement. [3]
Quels sont les traitements disponibles pour l’arthrose ?
Les traitements médicamenteux visent principalement à soulager la douleur, sans agir sur la cause de l’arthrose.
Les recommandations HAS/EULAR reposent tout d’abord sur des stratégies hygiénodiététiques (alimentation, sport, kinésithérapie, etc.), puis sur l’utilisation d’un antalgique à base de paracétamol en première intention. En cas d’inefficacité, des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou des injections intra-articulaires de corticoïdes ou d’acide hyaluronique peuvent être envisagées pour calmer les crises douloureuses.
La HAS (2019) précise que la prise en charge de l’arthrose est personnalisée et dépend de plusieurs facteurs : âge du patient, activité physique, intensité de la douleur et signes inflammatoires.
Les directives de l’EULAR (2023) soulignent que les traitements non médicamenteux sont essentiels pour réduire la sensation douloureuse, améliorer la fonction articulaire et la qualité de vie. Le patient doit être au cœur d'une stratégie globale.
Antalgiques et anti-inflammatoires
La prise en charge médicamenteuse dépend de la sévérité des symptômes, de la présence de signes évoquant un épanchement et du degré d’atteinte structurale. Le paracétamol est utilisé en première intention. Les AINS ne sont prescrits qu’en cas de poussées douloureuses non soulagées par le paracétamol, en raison des effets indésirables digestifs, en particulier chez le sujet âgé.
Infiltrations (corticoïdes, acide hyaluronique)
La viscosupplémentation par l'acide hyaluronique, une substance normalement présente dans le liquide synovial, permet d'améliorer la lubrification et l'amortissement de l'articulation. Son effet est plus progressif et peut durer plusieurs mois.
Ces informations sont fournies à titre informatif et ne remplacent pas un diagnostic. En cas de douleur persistante, il est impératif de consulter.
La kinésithérapie est-elle vraiment efficace pour soulager l’arthrose ?
Oui, la kinésithérapie est largement reconnue comme traitement de première intention pour la prévention et la prise en charge de l’arthrose. Le renforcement musculaire, l’entretien de la mobilité et l’adaptation de la charge font partie intégrante du traitement.
Une étude référencée dans PubMed (2025) montre que les personnes souffrant d’arthrose constatent de nombreux bienfaits apportés par l'entraînement musculaire, notamment une réduction de la douleur, une amélioration de la fonction articulaire et de la tolérance mécanique, de l'absorption des chocs musculaires, du bien-être mental, de la fonction physique, du sentiment d'efficacité personnelle et de la stabilité articulaire. L’efficacité des exercices supervisés est supérieure aux exercices pratiqués à domicile. [4]
Renforcement musculaire ciblé
Des exercices de renforcement musculaire réguliers diminuent la contrainte mécanique sur le cartilage et réduisent ainsi la pression sur les articulations portantes.
Un article publié dans la Revue du rhumatisme (2025) montre la place des exercices dans le traitement de la gonarthrose. Renforcer les muscles quadriceps, ischio-jambiers et abducteurs de la hanche permet de réduire la douleur, d’améliorer le mouvement et la qualité de vie des patients souffrant de gonarthrose. Ils peuvent être accompagnés d’étirements, d’exercices de contrôle neuromusculaire et d’exercices aérobies pour un mieux-être global. [5]
Mobilité, proprioception et gain fonctionnel
Les exercices de mobilité articulaire, de proprioception (équilibre) et d’amplitude de mouvements permettent de limiter la raideur, la perte d’agilité et le risque de chute. Une meilleure coordination des mouvements permet d’éviter les microtraumatismes susceptibles d’aggraver la maladie.
Quels changements de mode de vie peuvent améliorer le quotidien ?
Réduire la sensation douloureuse liée à l’arthrose repose sur des mesures simples :
- Pratiquer une activité physique adaptée de façon régulière contribue à préserver les muscles et à réduire le risque de comorbidités cardiovasculaires ou métaboliques souvent associées à l’arthrose.
- Éviter les activités physiques intenses, répétitives ou avec impacts élevés qui sursollicitent les articulations (sauts, courses prolongées sur surface dure, port de charges lourdes).
- Perdre du poids en cas de surpoids ou d'obésité permet de réduire la pression sur les articulations.
- La gestion du stress (relaxation, méditation, respiration) aide à diminuer la perception douloureuse, ainsi qu’un meilleur sommeil.
- Une bonne ergonomie au travail (hauteur des écrans et des sièges) limite les contraintes articulaires.
- Ne pas hésiter à utiliser des aides techniques (cannes, semelles, orthèses) si besoin.
Pour l’EULAR, l’activité physique est bénéfique pour la santé des personnes souffrant d’arthrose et doit intégrer, en fonction des besoins du patient, les quatre domaines suivants : cardiorespiratoire, force musculaire, souplesse et performance neuromotrice. Elle doit être dispensée par des professionnels de santé spécialisés dans la prise en charge des personnes atteintes d’arthrose.
Quelles solutions naturelles montrent un intérêt pour l’arthrose ?
De nombreux patients se tournent vers les compléments alimentaires ou les remèdes de grand-mère pour diminuer les douleurs et limiter la consommation de médicaments.
À ce jour, aucun complément alimentaire ne permet de traiter l’arthrose, mais certains peuvent contribuer au confort articulaire.
Les compléments et plantes les plus étudiés
Les résultats d’une méta-analyse (2019) suggèrent un effet bénéfique des extraits d'avocat et de soja (ASU) avec une réduction de la douleur selon le type d’arthrose. [6]
La glucosamine et la chondroïtine, constituants naturels du cartilage, peuvent aider à réduire la raideur et la perte de mobilité chez certains patients.
Des plantes aux propriétés anti-inflammatoires, comme le curcuma ou le boswellia, sont souvent utilisées pour apaiser les douleurs articulaires chroniques. Elles pourraient constituer un complément précieux aux traitements de l’arthrose selon une méta-analyse PubMed (2018).
Limites et critères de qualité
Les compléments alimentaires ne remplacent pas un traitement médical. Leur efficacité dépend de la qualité du produit, de la dose et de la durée de prise.
Avant d’introduire un traitement, il est recommandé d’en parler à votre médecin. L’Anses signale par exemple des effets indésirables liés à la glucosamine et à la chondroïtine, désormais déconseillées pour des populations à risque (diabétiques, asthmatiques, personnes sous anticoagulants). [7]
Conclusion
L’arthrose est une maladie qui touche les articulations dont l’origine n’est pas une simple usure. Les traitements visent à soulager la douleur en première intention mais ne suffisent pas seuls. Les solutions les plus efficaces associent une approche médicale, un mouvement adapté (renforcement musculaire) et la réduction des facteurs aggravants (surpoids, surutilisation, stress, etc.). Il est important de noter que la réponse au traitement varie considérablement d'un patient à l'autre et dépend de son implication, et de la régularité des soins apportés.
FAQ sur le traitement de l’artrhose
Le traitement de première intention consiste à soulager la douleur, il doit être associé au mouvement, au renforcement des muscles et à une bonne hygiène de vie.
L’arthrose résultant d’une dégradation du cartilage, il n’y a pas de traitement curatif pour le régénérer durablement. On peut cependant ralentir son évolution et préserver la fonction articulaire.
Trop de contraintes mécaniques associées à une surutilisation peuvent être le point de départ d’une crise.
Y Henrotin et al. Place des exercices dans le traitement de la gonarthrose. 2025. https://doi.org/10.1016/j.rhum.2025.04.010
M Simental-Mendia et al. Efficacy and safety of avocado-soybean unsaponifiables for the treatment of hip and knee osteoarthritis: A systematic review and meta-analysis of randomized placebo-controlled trials. 2019. https://doi.org/10.1111/1756-185X.13658
Avis de l’Anses Saisine n° « 2015-SA-0069 »