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Constipation chronique : comment en venir à bout ?

Ce qu'il faut retenir
La constipation chronique est un trouble fréquent qui impacte la qualité de vie au quotidien. Elle nécessite une prise en charge adaptée avec un examen clinique précis pour éviter les complications.
Constipation chronique : comment en venir à bout ?
Publié le 19/11/2025 - Temps de lecture 7 min

Des selles moins fréquentes et plus difficiles à évacuer, ça y est, la constipation s’installe dans votre quotidien. Ce trouble gastro-intestinal touche un grand nombre de la population mondiale à tous les âges. Parfois considérée comme le mal du siècle avec le stress, c’est une affection qui altère considérablement la qualité de vie et dont il faut identifier les causes, en particulier si elle persiste. Qu’est-ce que la constipation chronique ? Quelles sont ses causes et ses symptômes ? Quand faut-il consulter ? Quels sont ses traitements ? Cet article passe en revue tous les aspects de la constipation chronique.

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Constipation chronique : de quoi parle-t-on exactement ?

La constipation se définit par des troubles du transit intestinal caractérisés par ces différents signes :

  • une diminution de la fréquence des selles, inférieure à 3 fois par semaine,
  • des selles dures,
  • des efforts excessifs pour évacuer,
  • une sensation de constriction anale,
  • une manipulation anale pour aider,
  • une sensation d’évacuation incomplète après défécation.

La constipation peut être primaire (fonctionnelle), liée à des troubles du transit ou à une dysfonction ano-rectale, ou secondaire à une pathologie sous-jacente ou un effet indésirable médicamenteux.

Il y a 2 manières de diagnostiquer la constipation chronique : soit par l’étude du transit colique et des fonctions anorectales, soit par les critères de Rome IV, une technique qui se base uniquement sur les symptômes.

L’inconvénient de cette dernière est que certaines personnes sont diagnostiquées pour une simple constipation fonctionnelle alors qu’en réalité elles souffrent d’un problème d’évacuation ou d’un syndrome de l’intestin irritable à prédominance constipation (SII-C).

Concrètement, la constipation est dite chronique lorsque 2 symptômes précis (effort, selles rares, dures, etc.) persistent pendant au moins 3 mois sur une période de 6 mois. [1]

Le saviez-vous ?
La prévalence de la constipation chronique chez l'adulte est d'environ 25 %, ce qui en fait l’un des symptômes gastro-intestinaux les plus fréquents. [2]

Constipation chronique : symptômes au quotidien et complications possibles

Symptômes courants

  • Selles moins fréquentes (< trois par semaine).
  • Matières dures et grumeleuses.
  • Efforts de poussée excessifs lors de la défécation.
  • Sensation d’évacuation incomplète ou de blocage au niveau du rectum.
  • Douleurs abdominales, ballonnements, flatulences et parfois douleurs à l’estomac ou crampes.
  • Sensation de ventre gonflé et de lourdeur digestive.
  • Parfois émission de glaires liquides ou de fausses diarrhées après accumulation prolongée de selles.
Ces signes sont variables selon les personnes, la fréquence des selles normales pouvant varier de 3 fois/jour à 3 fois/semaine.


Complications possibles

En l’absence de prise en charge adaptée, l’évolution chronique peut entraîner :

  • Hémorroïdes et fissures anales causées par les efforts de poussée répétés pour l'évacuation des fèces durcies qui augmentent la pression anale.
  • Bouchon de selles dures dû à l'accumulation et au durcissement des selles dans le rectum (fécalome), nécessitant souvent des lavements ou une intervention manuelle.
  • Prolapsus rectal (affaiblissement des tissus causé par les distensions du rectum).
  • Lésion du plancher pelvien.
  • Volvulus (torsion de l’intestin).
  • Fistule anale.
  • Incontinence anale.
  • Perforation stercorale du côlon. [3]

Quelles sont les causes d’une constipation chronique ?

Causes fonctionnelles

  • Alimentation pauvre en fibres : les fibres alimentaires sont reconnues pour leur capacité à améliorer la digestion et le transit intestinal. En retenant l’eau, elles facilitent le passage des selles dans l’intestin. Elles nourrissent également le microbiote intestinal.
  • Hydratation insuffisante ou consommation excessive de café, de thé ou d’alcool.
  • Sédentarité et manque d’exercice physique. Inactivité = transit ralenti.
  • Dyssynergie : troubles de la coordination des muscles du plancher pelvien.
  • Syndrome de l'intestin irritable (SII) : souvent lié à une constipation prédominante (SII-C).

Sous-types de constipation

Manifestations

Constipation à transit normal (CTN)

Bien que le passage des selles dans le côlon se fasse à un rythme normal, il est difficile pour les patients de vider leurs intestins.

Constipation à transit lent (CTL)

Caractérisée par un ralentissement du transit colique avec des selles peu fréquentes mais pas d’efforts de poussée pour déféquer.

Dysfonctionnement du plancher pelvien

Altération du muscle provoquant souvent une sensation d'évacuation incomplète, des efforts de poussée prolongés ou excessifs, ou le recours à la pression périnéale lors de la défécation.

Causes organiques

  • Troubles métaboliques ou endocriniens : hypokaliémie, hypercalcémie, hypothyroïdie, diabète sucré et diabète insipide.
  • Affections neurologiques : accident vasculaire cérébral, maladie de Parkinson, sclérose en plaques, maladie de Chagas et dysautonomie familiale.
  • Obstruction mécanique : tumeurs, sténoses (rétrécissement de l'intestin), fissures, hémorroïdes thrombosées.
  • Effets secondaires fréquents de certains médicaments : anticholinergiques, narcotiques, antidépresseurs, opiacés, plomb, fer, bismuth, AINS, psychotropes et intoxication à la vitamine D. [3]

Constipation chronique : quand faut-il s’inquiéter et consulter ?

Si malgré l’utilisation de laxatifs et/ou de changements de vos habitudes alimentaires, la constipation s’installe et devient chronique, il est impératif de consulter un médecin ou d’effectuer une téléconsultation.

Cependant, certains signes d’alerte ne doivent jamais être ignorés car ils peuvent signaler une cause organique :

  • Perte de poids inexpliquée, anémie.
  • Présence de sang dans les selles ou rectorragie.
  • Constipation d'apparition soudaine ou récente chez une personne de plus de 50 ans.
  • Douleur abdominale sévère et persistante.
  • Incapacité à évacuer des gaz.
  • Antécédents familiaux de cancer colorectal.
  • Selles très consistantes, obstruction rectale ou extrusion rectale.

L’examen clinique commence par la vérification du poids et de l'état nutritionnel général. La palpation abdominale permet de déceler une distension (ballonnements), des bruits intestinaux anormaux (signe d’un transit perturbé), une sensibilité (douleur à la palpation) ou la présence de masses (fécalome).

Le toucher rectal est également important afin de rechercher la présence d’hémorroïdes, de fissures anales ou périanales, d’inflammation, de prolapsus rectal et de selles solides dans l’ampoule rectale.

Des examens complémentaires (coloscopie, exploration du transit, manométrie) sont parfois nécessaires.

Concrètement, ne pas s’alarmer, et ne pas attendre que la constipation s’installe sur la durée pour agir.

Constipation chronique : les bonnes habitudes à adopter

Le traitement de la constipation chronique repose avant tout sur des mesures hygiéno-diététiques. Elles sont la première intention et la base de tout traitement au long cours.

1. Manger plus de fibres

Des études montrent qu’un régime riche en fibres peut augmenter le poids des selles, ce qui entraîne une diminution du transit colique. Un apport de 25 à 30 g par jour est recommandé. [4]

Les fibres solubles forment un gel qui contribue à rendre les selles molles. L’avoine, les légumineuses, les pommes, les carottes, les raisins secs, et surtout les pruneaux aux effets laxatifs reconnus.

Les fibres insolubles augmentent le volume des selles et accélèrent le transit. C’est le cas des céréales complètes et des légumes verts.

2. Boire suffisamment d’eau

Une bonne hydratation est essentielle pour le transit. Il est recommandé de boire 1,5 à 2 litres d’eau par jour.

Le saviez-vous ?
Boire un verre d’eau tiède le matin à jeun a un effet stimulant sur vos intestins. Cela déclenche doucement le réflexe gastro-colique, qui prépare votre côlon à se mettre en action pour la journée.

3. Bouger plus

L'activité physique régulière, même modérée, comme la marche, aide à stimuler le mouvement péristaltique de l'intestin.

Les traitements médicaux de la constipation chronique

Si les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas, les laxatifs doivent être utilisés en complément.

Différents types de laxatifs

Type de laxatif

Mode d’action

Contre-indications

Effets secondaires possibles

Laxatifs de lest : mucilages : psyllium, ispaghul (Psylia, Spagulax)

Augmentent la masse fécale en retenant l’eau, ce qui rend les selles plus molles

Colopathies organiques inflammatoires, affection du tractus intestinal

Ballonnements. 

Doit être pris à distance d’autres médicaments (1 h)

Diabétiques et hormones thyroïdiennes (sous surveillance médicale)

Laxatifs osmotiques : lactulose, sorbitol, macrogol, hydroxyde de magnésium

Ramollissent les matières en attirant l’eau vers l’intestin

MICI, suspicion d’occlusion

Crampes abdominales, diarrhée, troubles électrolytiques

Laxatifs lubrifiants : huile de paraffine (Lansoyl)

Lubrifient les selles et la paroi intestinale, facilitant le transit

Obstruction intestinale, troubles de la déglutition

Une utilisation prolongée peut réduire l’absorption de certaines vitamines (A, D, E, K)

Laxatifs stimulants : bisacodyl (Dulcolax, Contalax), Modane, Pursennide, séné

Augmentent la motricité de l’intestin en agissant sur le plexus nerveux entérique

Ne pas utiliser chez la femme enceinte

Irritant pour la muqueuse intestinale, risque d’accoutumance, perte de sels minéraux.

Laxatifs de contact : suppositoires et lavements (Eductyl, Microlax, Rectopanbiline, glycérine)

Administrés par voie rectale, ils favorisent l’expulsion en stimulant la muqueuse. Sont recommandés en cas de constipation terminale (basse)

Syndrome douloureux et inflammatoire (rectocolite ulcéreuse, maladie de Crohn)

Pas d’utilisation prolongée, sensation de brûlures anales

D’autres médicaments plus récents peuvent être utilisés en cas d’échec des laxatifs traditionnels : les prokinétiques et les sécrétagogues. Ils agissent sur les récepteurs de l'intestin pour stimuler le transit ou la sécrétion d'eau (linaclotide, prucalopride). Ces molécules sont souvent réservées aux constipations chroniques résistantes, nécessitant un traitement au long cours.

Thérapie par biofeedback

Des études ont montré l’efficacité de cette thérapie en particulier lorsque la constipation est liée à un trouble du plancher pelvien (dyssynergie défécatoire). Il s’agit d’une méthode d'entraînement neuromusculaire à l’aide d’une sonde insérée dans l'anus. Le biofeedback s'est révélé supérieur aux laxatifs chez plus de 70 % des patients présentant des troubles gastro-intestinaux connexes, qui voient leurs symptômes disparaître grâce à cette thérapie. [4]

Traitement chirurgical

Une intervention chirurgicale est parfois envisagée. Cependant, en cas de dyssynergie défécatoire (dysfonctionnement du plancher pelvien), le traitement de choix reste la thérapie par biofeedback. La chirurgie est réservée aux cas d'inertie colique réfractaire.

Le saviez-vous ?

La qualité des selles est définie selon l’échelle de Bristol en 7 types :

  1. Petites crottes dures et détachées.
  2. En forme de saucisse (dures et grumeleuses).
  3. Crotte saucisse craquelée en surface.
  4. Lisse comme une saucisse, crotte parfaite.
  5. Morceaux mous aux bords nets.
  6. Lambeaux duveteux.
  7. Entièrement liquide. [5

Constipation chronique : prévenir les rechutes et vivre mieux avec son transit

La gestion des troubles du transit repose sur l’adoption de mesures constantes pour limiter les rechutes.

  • Maintien d’un niveau d’activité physique régulier.
  • Adopter durablement une alimentation riche en fibres ainsi qu’une bonne hydratation quotidienne.
  • Répondre au besoin: ne jamais ignorer l'envie d'aller à la selle (éviter de se retenir).
  • Prendre l’habitude d'aller aux toilettes à heure fixe (souvent 15 à 45 minutes après le petit-déjeuner) pour utiliser le réflexe gastro-colique.
  • Attention aux médicaments constipants.

Conclusion

La constipation chronique est une affection complexe et multifactorielle qui nécessite une prise en charge adaptée. La clé réside dans une bonne compréhension des symptômes et des facteurs favorisants. En effet, différents éléments tels que le type d’alimentation, la prédisposition génétique, la motilité colique, l’absorption intestinale, les habitudes quotidiennes, ainsi que des facteurs biologiques et pharmacologiques interviennent dans sa pathogenèse. Son diagnostic et son traitement nécessitent donc une approche progressive. En général, des modifications d’hygiène de vie et d’alimentation associées à l’utilisation de laxatifs permettent de rétablir le transit. N'hésitez jamais à consulter un médecin et évitez d’utiliser des laxatifs au long cours qui pourraient masquer une pathologie sous-jacente et aggraver vos symptômes.

Références :
[5]

Development of a new version of the Bristol Stool Form Scale: translation, content validity, face validity, and reliability of the Persian version

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