À l’approche de l’accouchement, votre esprit est sans doute tourné vers la rencontre avec votre bébé et, si vous le désirez, vos premiers pas dans l'allaitement. Pourtant, certaines étapes qui marquent la fin de la grossesse restent encore floues, c'est notamment le cas de la montée de lait. On en parle peu, et on la connaît souvent mal avant de la vivre. Loin d'être un simple détail, ce processus marque le début de la production de lait mature. Pour de nombreuses mères, ce moment peut s'accompagner de sensations physiques intenses et de questions légitimes.
Dans cet article, vous allez comprendre ce qu’est réellement la montée de lait, comment la reconnaître, et surtout comment la gérer concrètement pour la vivre plus sereinement.
Qu'est-ce que la montée de lait ?
La montée de lait correspond au moment où la production de lait devient plus abondante après l’accouchement. On passe alors d’un lait très concentré, appelé colostrum, à un lait mature produit en plus grande quantité [1].
Qu’est-ce que le colostrum ?
Le colostrum est le tout premier lait que vos seins produisent, dès la fin de la grossesse et pendant les premiers jours après la naissance. Présent en petite quantité, il couvre pourtant parfaitement les besoins de votre bébé durant ses 48 à 72 premières heures de vie, avant la montée de lait.
Reconnaissable à sa couleur jaune orangé, il est souvent surnommé « l’or liquide » en raison de sa richesse exceptionnelle en nutriments et en anticorps, idéal pour la santé de votre nouveau-né [2].
La montée de lait est un phénomène déclenché par un changement hormonal juste après la naissance. L'expulsion du placenta lors de l'accouchement provoque une chute rapide du taux de progestérone, ainsi que des taux élevés de prolactine, de cortisol et d'insuline, ce qui stimule cette phase [1].
Une autre hormone joue un rôle clé : l’ocytocine. Elle permet l’éjection du lait lors de la tétée. Sa libération est stimulée par le contact avec le bébé et la succion [1].
Quand a lieu la montée de lait et combien de temps dure-t-elle ?
La montée de lait survient généralement dans les premiers jours après l’accouchement, le plus souvent autour du 2ᵉ ou 3ᵉ jour [1, 2].
Cependant, ce délai peut varier. Par exemple, si vous accouchez pour la première fois, la montée de lait peut être légèrement plus tardive et le volume initial un peu plus faible. Certaines situations peuvent aussi retarder ce phénomène, telles que :
- La rétention placentaire (le placenta reste dans l’utérus plus de 30 minutes à 1h après la naissance du bébé) ;
- Le diabète gestationnel ;
- Un accouchement difficile ;
- Une prise de poids excessive pendant la grossesse ;
- L’obésité ;
- Une césarienne non programmée ;
- Une hémorragie post-partum [1,3].
Concernant la durée, les sensations désagréables ne durent pas. En effet, la production se régule progressivement en fonction du rythme des tétées. En revanche, en l’absence de stimulation (si vous n’allaitez pas), la lactation diminue puis s’arrête progressivement [2].
Quels sont les signes de la montée de lait ?
La montée de lait se manifeste principalement par une tension mammaire plus ou moins marquée. Vos seins peuvent devenir plus lourds, tendus et parfois augmenter de volume, en raison de l’augmentation rapide de la production de lait [2].
Un œdème peut également apparaître, avec un gonflement plus ou moins important des tissus. Ces signes sont normaux et traduisent le démarrage de la sécrétion lactée [2].
Comment bien gérer cette étape et soulager les inconforts ?
La montée de lait peut être clairement inconfortable et créer des douleurs au sein. Heureusement, il existe quelques gestes simples qui peuvent vous aider à limiter la tension et prévenir les complications :
- Mettez votre bébé au sein fréquemment : l’allaitement à la demande est essentiel pour bien vivre cette étape. Plus vos seins sont drainés régulièrement, moins la tension est importante. Concrètement, gardez votre bébé près de vous et répondez à ses besoins, sans limiter la fréquence ni la durée des tétées. En cas d’inconfort, augmenter les tétées aide aussi à prévenir le risque de mastite.
- Placez votre bébé dans une bonne position au sein : assurez-vous que votre nouveau-né prend bien le sein (et pas seulement le mamelon). Sa bouche doit être grande ouverte, le menton collé au sein, avec le corps bien aligné face au vôtre. Son oreille, son épaule et sa hanche doivent rester alignées, avec une tête légèrement inclinée en arrière pour faciliter la déglutition. Une bonne position facilite la succion et limite les douleurs.
- Alternez les deux seins : proposez les deux seins au fil des tétées pour favoriser un drainage équilibré et soutenir l’afflux de lait.
- Appliquez du chaud ou du froid : pour diminuer les sensations douloureuses.
En cas d'œdème, vous pouvez effectuer de légers massages et exprimer manuellement un peu de lait pour assouplir le sein [2].
Comment favoriser la montée de lait ?
La montée de lait est un processus physiologique naturel qui se met en place spontanément après l’accouchement. Toutefois, certains facteurs peuvent favoriser une installation plus rapide et plus efficace de la lactation.
Le lien maman - bébé
La mise au sein précoce et fréquente joue un rôle central dans la montée de lait. En effet, la production de lait repose sur un principe simple : plus le sein est stimulé, plus il produit. La succion du mamelon entraîne une augmentation rapide de la prolactine, une hormone clé de la lactation. De plus, proposer le sein souvent permet d’installer et de maintenir une sécrétion adaptée aux besoins de votre bébé [1].
Le contact avec votre bébé est tout aussi important. Le fait de le garder près de vous facilite les tétées et favorise naturellement la production de lait [2]. De plus, d’après la littérature médicale, le contact peau à peau (notamment après la naissance) stimule la sécrétion d’ocytocine. Cette hormone favorise à la fois la détente, la réduction du stress et le réflexe d’éjection du lait, rendant ainsi les tétées plus efficaces [4].
L’alimentation
Votre alimentation et votre hydratation sont également des aspects importants. Produire du lait demande de l’énergie : un apport calorique insuffisant peut compliquer l’allaitement. Les recommandations actuelles préconisent environ 500 calories supplémentaires par jour chez la femme allaitante. Il est donc essentiel de privilégier une alimentation variée, équilibrée et riche en nutriments pour soutenir votre organisme. En parallèle, veillez à vous hydrater suffisamment [1].
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L’hygiène de vie
Votre état général ne doit pas être négligé, notamment car le stress et la fatigue peuvent influencer l’allaitement. Concrètement, lorsque vous êtes très fatiguée ou stressée, la libération d’ocytocine (l’hormone qui permet l’éjection du lait) peut être moins efficace. Une étude a notamment observé une diminution de cette hormone chez des mères présentant des signes d’anxiété ou de dépression post-partum. Cette situation pourrait rendre les tétées moins efficaces [6].
En cas de fatigue ou de besoins accrus, une supplémentation est parfois intéressante. Par exemple, une supplémentation en magnésium peut être envisagée, étant donné qu’il contribue à la réduction de la fatigue. Toutefois, pendant l’allaitement, il est préférable de demander l’avis d’un professionnel de santé avant de prendre un complément.
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Complications : quand faut-il s'inquiéter ?
Bien que la montée de lait puisse s’accompagner d’inconforts, certains signes ne doivent pas persister. Par exemple, après la première semaine, des mamelons encore sensibles ou douloureux ne sont pas considérés comme normaux. Dans ce cas, il est recommandé de consulter un professionnel formé à l’allaitement afin d’en identifier la cause et de mettre en place les actions les plus appropriées [2].
De plus, certaines complications peuvent également survenir :
- L’engorgement, qui correspond à une accumulation de lait dans le sein. Celui-ci devient gonflé, dur, douloureux, parfois brillant avec une rougeur visible. Le mamelon peut s’aplatir, rendant la tétée plus difficile et favorisant l’apparition de crevasses. Il est le plus souvent lié à un nombre insuffisant de tétées efficaces.
- Les crevasses sont des fissures ou gerçures au niveau du mamelon, souvent très douloureuses. Elles sont généralement dues à une mauvaise position du bébé ou à une succion inefficace lors de la tétée.
- La mastite (souvent appelée à tort lymphangite) est une inflammation du sein, avec ou sans infection. Elle se manifeste par une forte fièvre, des frissons, des courbatures, ainsi qu’une zone du sein rouge et douloureuse. Elle est généralement liée à une stagnation de lait et nécessite une consultation médicale [2].
La règle à retenir est simple : toute douleur persistante ou importante au niveau du sein mérite un avis médical [2].
La montée de lait en bref
La montée de lait est une étape naturelle et essentielle de l’allaitement, qui survient généralement autour du 2ᵉ ou 3ᵉ jour après l’accouchement. Elle marque le passage du colostrum au lait mature et permet de répondre aux besoins de votre bébé.
Pour traverser cette période de manière plus sereine, privilégiez des tétées fréquentes et à la demande, sans limiter leur nombre ni leur durée. Le contact avec votre bébé, le repos et une alimentation équilibrée sont autant de soutiens précieux pour favoriser une production de lait optimale.
Les informations mentionnées dans cet article sont fournies à titre indicatif uniquement et ne peuvent se substituer à l'avis des professionnels de santé
FAQ sur la montée de lait
Oui, il est préférable d’allaiter si cela est possible, le lait maternel étant la meilleure alimentation pour votre bébé. L’allaitement offre de nombreux avantages pour lui comme pour la maman.
Allaiter apporte de nombreux bienfaits : par exemple, il fournit au bébé tous les nutriments essentiels, renforce son système immunitaire et favorise le lien affectif avec la maman. Pour les femmes, l’allaitement est associé à la réduction de certains risques de maladies et soutient la récupération après l’accouchement.
Appliquer des feuilles de chou froides sur les seins semble apporter un soulagement temporaire de la douleur liée à l’engorgement. Cependant, la littérature scientifique indique que les preuves restent limitées et ne permettent pas de recommander cette pratique de façon systématique [7].
Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux | Anses - Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.
Stuebe, A. M., Grewen, K. & Meltzer-Brody, S. Association between maternal mood and oxytocin response to breastfeeding. J Womens Health (Larchmt) 22, 352–361 (2013).
Zakarija-Grkovic, I. & Stewart, F. Treatments for breast engorgement during lactation. Cochrane Database of Systematic Reviews 2020