Les jours qui précèdent les règles ne se ressemblent pas pour toutes. Si certaines ressentent un léger inconfort dus au syndrome prémenstruel (SPM), d'autres sont confrontées à des manifestations psychologiques et physiques qui perturbent profondément leur quotidien. Cela peut être dû à au trouble dysphorique prémenstruel (TDPM).
Comment reconnaître cette maladie ? Quelles en sont ses origines, ses symptômes et quelles solutions permettent de mieux la prendre en charge ? Voyons tout cela dans ce guide.
Qu'est-ce que le trouble dysphorique prémenstruel ?
Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) se caractérise par des signes dépressifs et anxieux marqués, associés à des manifestations au niveau du corps.
Ils apparaissent durant la phase prémenstruelle des cycles. Les manifestations s'atténuent au début des règles, puis disparaissent généralement quelques jours plus tard [1, 2].
Il s’agit d’une maladie reconnue officiellement depuis 2013. Elle est inscrite dans le DSM-5, le manuel de référence utilisé pour diagnostiquer les troubles mentaux. En 2019, il a également été intégré à la CIM-11, la classification internationale des maladies de l'OMS, dans la catégorie des maladies gynécologiques. Cette double reconnaissance illustre sa nature à la fois psychiatrique, hormonale et gynécologique [1].
SPM et TDPM : ne pas les confondre
Le syndrome prémenstruel (SPM) et TDPM apparaissent tous deux durant la seconde moitié du cycle menstruel et disparaissent peu après le début des règles. Pourtant, ils ne présentent ni la même intensité, ni les mêmes signes, ni potentiellement les mêmes mécanismes [1, 3, 4].
Le SPM regroupe un ensemble de signes corporels et émotionnels d'intensité légère à modérée. Selon l'INSERM, il peut provoquer des douleurs mammaires, des ballonnements, une fatigue passagère ou des variations de l'humeur. Bien que gênantes, ces manifestations n'empêchent généralement pas de poursuivre les activités quotidiennes [4].
Le TDPM est considéré comme la forme la plus sévère du syndrome prémenstruel. Il associe une souffrance psychologique importante à des manifestations physiques similaires, mais surtout à une altération marquée du fonctionnement social, professionnel ou scolaire. C'est précisément cet impact significatif sur le quotidien qui le distingue d'un SPM classique [2, 3].
Quels sont les symptômes du TDPM ?
Cette maladie se caractérise par une grande diversité de manifestations. Elles touchent à la fois la sphère émotionnelle et le corps, et évoluent de manière cyclique.
Les symptômes psychologiques et émotionnels
Ces signes sont au premier plan. Ils peuvent être suffisamment intenses pour perturber le quotidien et les relations avec l'entourage. Les plus fréquents sont :
- Un moral instable, avec notamment des crises de larmes, une irritabilité importante ou une colère difficile à contrôler.
- Signes dépressifs ou dépression, avec un sentiment de tristesse ou de désespoir.
- Une anxiété marquée.
- Un sentiment de perte de contrôle.
- Des difficultés de concentration.
- Des modifications du sommeil, comme une insomnie ou, au contraire, une hypersomnie.
- Une perte d'intérêt pour les activités habituellement appréciées [2, 5].
Les signes corporels
Ce trouble ne se limite pas aux signes émotionnels. Il peut également s'accompagner de manifestations dans le corps parfois très marquées, parmi lesquelles :
- Des maux de tête.
- Des œdèmes ou une sensation de gonflement.
- Une fatigue importante.
- Des modifications de l'appétit, avec des envies alimentaires marquées ou des fringales.
- Des douleurs mammaires.
- Des douleurs articulaires ou musculaires [2, 5].
Quelles sont les origines du trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) ?
Contrairement à une idée reçue, le TDPM n'est pas lié à un excès ou à un manque d'hormones. Les recherches indiquent plutôt que le cerveau de certaines femmes réagit de façon anormale aux variations hormonales normales. Cette sensibilité perturbe plusieurs mécanismes impliqués dans la régulation des émotions et de l’humeur.
Le rôle des hormones
Pour comprendre cette maladie, il faut d'abord comprendre un mécanisme cérébral précis. La progestérone, hormone naturellement produite après l'ovulation, se transforme dans le cerveau en une molécule appelée alloprégnanolone (ALLO). En temps normal, cette molécule se fixe sur les récepteurs GABA-A, les « boutons pause » du cerveau, et produit un effet calmant.
Chez les personnes atteintes de cette maladie, ce système déraille. Ce n'est pas que leur taux d'ALLO soit forcément différent de celui des autres personnes. Le problème vient de la sensibilité anormale de leurs récepteurs GABA-A vis-à-vis des variations rapides de cette molécule au cours des cycles.
Les chercheurs parlent de « plasticité altérée des récepteurs GABA-A ». En temps normal, ces récepteurs s'adaptent naturellement aux variations hormonales des cycles. Chez les personnes atteintes de TDPM, cette capacité d'adaptation est moins efficace.
Le rôle de la sérotonine
La sérotonine est un neurotransmetteur notamment impliqué dans la régulation de l’humeur, des émotions, de l’endormissement et de l'appétit. Chez les personnes atteintes de TDPM, les œstrogènes (qui influencent directement la production de sérotonine) varient fortement au cours des cycles. Plusieurs indices suggèrent que leur cerveau gère mal cette variation.
Par exemple, quand on réduit artificiellement le taux de tryptophane (la matière première dont le cerveau a besoin pour fabriquer la sérotonine), les personnes avec TDPM voient leurs symptômes prémenstruels s'aggraver nettement. Chez les autres, la même manipulation ne produit pas cet effet.
Les chercheurs ont également observé des différences au niveau des récepteurs sur lesquels agit la sérotonine, notamment les récepteurs 5-HT1A. Ces résultats suggèrent que le cerveau des personnes atteintes de TDPM réagit différemment aux variations naturelles de la sérotonine au cours des cycles menstruels. Cette sensibilité accrue pourrait contribuer à l'apparition de signes comme la tristesse ou les envies alimentaires marquées [3].
Comment diagnostiquer de TDPM ?
Le diagnostic de cette maladie doit être fait par un médecin et repose avant tout sur les manifestations rapportées par la patiente. Il n'existe ni prélèvement sanguin, ni examen d'imagerie, ni dosage hormonal permettant d’établir le diagnostic.
Selon les critères du DSM-5, au moins cinq signes doivent être présents au cours de la majorité des cycles menstruels. Parmi eux, au moins un symptôme doit concerner directement le moral, comme une anxiété importante ou une instabilité émotionnelle. Les signes doivent également entraîner une gêne importante dans le quotidien, tant sur le plan professionnel que personnel.
Leur caractère cyclique est un critère essentiel. Les symptômes apparaissent durant les jours précédant les règles, commencent à diminuer dans les premiers jours des menstruations, puis disparaissent presque complètement la semaine suivante [5].
Enfin, le médecin doit écarter d'autres origines possibles. Certaines maladies, comme la dépression, peuvent provoquer des signes similaires ou s'aggraver avant les règles. Cette étape est indispensable pour poser un diagnostic fiable [5].
Comment traiter et soulager le trouble dysphorique prémenstruel ?
Plusieurs approches complémentaires sont souvent mises en place. Selon l'intensité des signes, elle peut associer des mesures d'hygiène de vie, un accompagnement psychologique et, si nécessaire, des médicaments.
Les mesures hygiénodiététiques
Tout d'abord, la pratique régulière d'une activité physique est la mesure dont les bénéfices sont les mieux documentés. Elle semble réduire l'intensité des signes chez certaines personnes. Il est également recommandé de préserver un endormissement et des nuits de qualité tout en adoptant une alimentation variée et équilibrée.
À ce jour, les preuves restent limitées concernant l'intérêt de réduire le sucre, le sel, les aliments gras ou les excitants spécifiquement dans le cadre de cette maladie. Ces recommandations conservent néanmoins tout leur intérêt, car elles participent au maintien d'une bonne santé générale [6].
En complément, certains nutriments et extraits végétaux peuvent soutenir le bien-être féminin, notamment :
- Le safran, qui aide à maintenir un bon confort avant et pendant les cycles menstruels.
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- La vitamine B6, qui contribue à réguler l'activité hormonale.
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Les thérapies cognitives et l’accompagnement psychologique
Un accompagnement psychologique peut compléter la gestion de cette maladie. Les thérapies cognitivo-comportementales sont les mieux étudiées. Elles semblent notamment réduire :
- Le sentiment de tristesse ;
- Les manifestations anxieuses ;
- Les sautes d'humeur ;
- L'hypersensibilité ;
- Les difficultés d'endormissement ;
- Les difficultés relationnelles ;
- L'impact global des manifestations sur le quotidien.
Leur efficacité devra toutefois être confirmée par des recherches supplémentaires avant qu'elles puissent intégrer les recommandations de première intention [1].
En parallèle, des techniques de gestion du stress peuvent également être utiles.
Un accompagnement psychologique peut aider à mieux comprendre la maladie, à mieux vivre les manifestations et à en limiter les répercussions au quotidien [5].
Le yoga constitue également une approche complémentaire prometteuse [7].
Les options médicales de première intention
Lorsque les signes sont sévères, un traitement via des médicaments peut être nécessaire.
Les antidépresseurs, en particulier les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, sont considérés comme le traitement de première intention de cette maladie. Ils peuvent être prescrits en continu ou de façon intermittente, selon le profil de la patiente et la réponse clinique.
Leur efficacité s’explique par l’hypothèse d’un déséquilibre fonctionnel des neurotransmetteurs, notamment de la sérotonine, influencé par les variations hormonales des cycles. En agissant sur ce système, ces médicaments permettent de réduire significativement les signes [1].
Dans certains cas, un contraceptif oral peut également être proposé en première ou deuxième intention. D’autres traitements hormonaux visant à bloquer l’ovulation peuvent être envisagés dans les formes plus sévères. Leur objectif est de limiter les fluctuations hormonales des cycles, impliquées dans l’apparition des signes [1, 5].
Le TDPM en résumé
Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) est bien plus qu'un simple « coup de blues » passager ou un syndrome prémenstruel un peu plus fort que la moyenne. Il s'agit d'une réelle maladie directement liée à une sensibilité accrue de votre cerveau face aux variations hormonales naturelles, et non pas à un excès d’hormone.
Les symptômes apparaissent de manière cyclique, chaque mois, dans les jours précédant les règles, puis disparaissent progressivement après leur début. Ils concernent à la fois la sphère émotionnelle et le corps, au point d'impacter la vie professionnelle, sociale et/ou amoureuse.
Aujourd'hui, le TDPM est reconnu par le monde médical et bien qu’il n’existe pas de guérison définitive, plusieurs approches complémentaires permettent de réduire significativement les symptômes. De l'ajustement de votre hygiène de vie aux thérapies comportementales, en passant par des micronutriments ciblés (safran, magnésium, vitamine B6) ou des traitements médicaux ou hormonaux, la prise en charge doit être personnalisée.
Le diagnostic repose avant tout sur le suivi rigoureux de vos symptômes d'un cycle à l'autre. Si vous observez que ces manifestations reviennent régulièrement avant vos règles et impactent votre quotidien, une consultation médicale est essentielle pour écarter d'autres pathologies et mettre en place un traitement adapté.
Les informations mentionnées dans cet article sont fournies à titre indicatif uniquement et ne peuvent se substituer à l'avis d'un professionnel qualifié.
FAQ sur trouble dysphorique prémenstruel
La première étape est de noter ses signes chaque jour pendant deux à trois cycles. Si les manifestations reviennent de façon régulière avant les règles et disparaissent ensuite, une consultation s'impose.
Il n'existe pas de guérison définitive, mais les signes peuvent être significativement réduits grâce à une prise en charge adaptée.
Reid, R. L. Premenstrual Dysphoric Disorder (Formerly Premenstrual Syndrome). in Endotext [Internet] (MDText.com, Inc., 2017).
Oboza, P. et al. Relationships between Premenstrual Syndrome (PMS) and Diet Composition, Dietary Patterns and Eating Behaviors. Nutrients 16, 1911 (2024).
Ranga, M. & Dev, K. The Effect of Yoga Therapy in Premenstrual Syndrome: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomised Controlled Trials. J Obstet Gynaecol Can 46, 102579 (2024).