Chaque année en France, on recense entre 50 000 et 100 000 nouveaux cas de phlébites, un chiffre qui rappelle à quel point ce trouble circulatoire reste fréquent [1]. Souvent silencieuse au départ, cette maladie cardiovasculaire peut pourtant entraîner des complications sérieuses si elle n'est pas repérée à temps.
Cet article fait le point sur les signes de la phlébite, ses causes et les traitements disponibles pour limiter les risques.
Qu'est-ce qu'une phlébite ?
La phlébite (ou thrombose) est un trouble circulatoire qui associe une inflammation d'une veine à la formation d'un caillot de sang (aussi appelé thrombus). Ce caillot obstrue partiellement ou totalement la circulation sanguine et perturbe ainsi le retour du sang vers le cœur. Dans la majorité des cas, les phlébites touchent les membres inférieurs [1, 2].
La gravité de cette pathologie dépend principalement de la zone atteinte. On distingue deux formes principales :
- La phlébite superficielle (ou paraphlébite) : le thrombus se forme dans une veine située juste sous la peau, souvent au niveau d'une varice. Cette forme est généralement douloureuse, mais le risque de migration du caillot vers les poumons reste faible [1, 3].
- La phlébite veineuse profonde (ou thrombose veineuse profonde) : le caillot se développe dans une veine profonde. Il s'agit de la forme la plus grave, car le caillot peut se détacher, migrer jusqu'à l’artère pulmonaire et la boucher [1].
Quels sont les origines et facteurs de risque d'une phlébite ?
L’apparition d'un thrombus peut reposer sur trois mécanismes que les médecins connaissent bien : la stagnation du sang, une lésion de la paroi veineuse et un déséquilibre de la coagulation.
L'immobilisation prolongée
L'immobilité prolongée favorise l’apparition d'un thrombus en ralentissant la circulation du sang dans les veines. Ce phénomène, appelé stase veineuse, augmente le risque de phlébite.
En temps normal, la marche joue un rôle essentiel. À chaque pas, les muscles des mollets déclenchent un mécanisme de renvoi du sang vers le cœur. En l'absence de mouvement, ce mécanisme fonctionne moins bien. Le sang stagne alors davantage dans les membres inférieurs, ce qui favorise la coagulation.
C'est notamment le cas lors d'un alitement prolongé, du port d'un plâtre ou d'un voyage de plusieurs heures en avion, en train ou en voiture [1].
Bon à savoir
L'insuffisance veineuse constitue également un facteur de risque. Dans cette pathologie, les veines renvoient moins efficacement le sang vers le cœur, ce qui favorise aussi la stagnation du sang [1].
Les traumatismes, chirurgies et lésions endothéliales
Un traumatisme ou une intervention chirurgicale récente augmente le risque de phlébite. Les opérations, en particulier les plus importantes, ainsi que les chocs touchant les membres inférieurs peuvent endommager la face interne d'une veine.
Pour réparer cette atteinte, l'organisme déclenche naturellement les mécanismes de coagulation. Les plaquettes adhèrent rapidement à la zone concernée, puis activent une série de réactions qui aboutissent à la création d'un thrombus [1, 2].
Cette réaction est indispensable pour réparer un vaisseau lésé. En revanche, lorsqu'elle se produit à l'intérieur d'une veine sans saignement, elle peut être à l'origine d'une phlébite.
L'hypercoagulabilité : hormones, génétique et mode de vie
Dans certains cas, le sang coagule plus facilement que la normale. Cet état, appelé hypercoagulabilité, favorise l’apparition d'un thrombus.
Plusieurs situations peuvent en être responsables, notamment :
- Le statut hormonal : c’est par exemple le cas de la grossesse ou du post-partum. Les contraceptifs hormonaux œstroprogestatifs modifient également l’équilibre de la coagulation, favorisant ainsi un état d’hypercoagulabilité [1, 4].
- Certaines pathologies sous-jacentes : comme certaines maladies inflammatoires chroniques ou anomalies génétiques. Le cancer augmente aussi ce risque en produisant des substances qui stimulent directement la coagulation [2, 5].
- Enfin, certains facteurs liés au mode de vie jouent aussi un rôle. Le tabagisme fragilise la paroi des vaisseaux sanguins, tandis que l'obésité favorise un terrain où la coagulation et la formation de caillots sont plus probables [1, 6, 7].
Quels sont les symptômes d'une phlébite ?
Les signes d'une phlébite peuvent être visibles au niveau d'une seule jambe et doivent être comparés avec le côté opposé pour repérer une éventuelle différence.
Les manifestations les plus fréquentes sont :
- Une douleur localisée, souvent au niveau du mollet ou à la cuisse. Elle ressemble à une crampe persistante et ne disparaît pas au repos.
- Un gonflement (œdème) de la zone concernée. Celle-ci peut devenir plus dure à la palpation.
- Une peau chaude au toucher, parfois luisante, accompagnée d'une rougeur. Dans les formes les plus sévères, une coloration légèrement bleutée peut apparaître [1,8].
- Le signe de Homans, correspondant à des douleurs déclenchées lorsque le pied est fléchi vers le haut [8].
La phlébite superficielle présente des signes plus caractéristiques. Elle se manifeste par un cordon veineux dur, rouge, chaud et très douloureux au toucher, qui suit le trajet d'une veine située juste sous la peau [2].
Ces signes ne sont toutefois ni constants ni spécifiques. Certaines phlébites, en particulier les thromboses veineuses profondes, évoluent sans provoquer de signes visibles et ne sont découvertes qu'à l'occasion d'un examen ou d'une complication [8].
Comment est diagnostiquée une phlébite ?
Le diagnostic de la phlébite repose sur deux examens complémentaires : le dosage des D-dimères et l'écho-doppler veineux.
Le dosage des D-dimères est une prise de sang qui mesure des fragments issus de la dégradation des caillots. Un résultat négatif permet d'écarter une phlébite avec un très haut niveau de fiabilité. En revanche, un résultat positif ne suffit pas à confirmer le diagnostic, car d'autres situations, comme une inflammation, peuvent également augmenter ce taux.
Si le résultat des D-dimères est positif, ou lorsque la suspicion de phlébite persiste, un écho-doppler est prescrit en complément. Cet examen de référence visualise directement les veines et permet de confirmer ou d'écarter la présence d'un thrombus [1].
Quels sont les traitements médicaux de la phlébite ?
La prise en charge de la phlébite repose principalement sur les anticoagulants. Administrés dès le diagnostic, ils constituent le traitement de référence. Ils ne détruisent pas le thrombus, mais empêchent son extension et sa migration, laissant ensuite l'organisme le résorber naturellement.
Le traitement débute généralement par une héparine de bas poids moléculaire (HBPM) ou un inhibiteur du facteur Xa, puis est relayé par un anticoagulant oral pendant 3 à 6 mois selon la situation [1, 9].
En parallèle, des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent être prescrits pour soulager les douleurs, notamment dans les formes superficielles [3].
Une compression médicale peut également être proposée afin de réduire les douleurs et l'œdème. Son utilisation n'est toutefois plus systématique et dépend des signes ainsi que du contexte clinique [2, 10]. Dès que les médicaments sont efficaces, la marche est généralement encouragée pour favoriser le retour veineux.
Dans les situations les plus graves, notamment lorsque le pronostic vital est engagé, une thrombolyse peut être envisagée. Cette technique consiste à dissoudre le thrombus à l'aide de médicaments spécifiques ou à le retirer grâce à un cathéter introduit dans la veine [1].
En combien de temps évolue une phlébite ?
Une phlébite nécessite une prise en charge rapide afin de limiter les risques de complications. Toutefois, son évolution ne se fait pas en quelques jours. Les médicaments anticoagulants sont généralement poursuivis pendant 3 à 6 mois. La durée du traitement est ensuite réévaluée au cas par cas [9].
À long terme, des lésions des valvules situées à l'intérieur des veines peuvent persister [11].
Quels sont les risques de complication ?
Une phlébite peut entraîner des complications potentiellement graves, en particulier lorsqu'elle n'est pas diagnostiquée ou traitée rapidement. Les deux principales sont l'embolie pulmonaire et le syndrome post-thrombotique.
L'embolie pulmonaire
Il s’agit de la complication la plus grave. Elle survient lorsqu'un fragment du thrombus se détache, remonte dans la circulation sanguine et obstrue une artère des poumons.
Appelez immédiatement le 15 si l'un des signes suivants apparaît :
- Un essoufflement brutal et inexpliqué (dyspnée) ;
- Une douleur dans la poitrine, comparable à un coup de poignard ou à un point de côté, aggravée par l'inspiration ;
- Une toux soudaine avec des crachats teintés de sang (hémoptysie) ;
- Des palpitations (tachycardie), un malaise ou une perte de connaissance (syncope) [12].
En cas de doute, n'attendez pas que tous ces signes soient présents avant de contacter le 15 [12].
Le syndrome post-thrombotique à long terme
À long terme, une phlébite profonde peut entraîner un syndrome post-thrombotique, une complication liée aux séquelles du caillot dans les veines.
Concrètement, après une thrombose, les petites valves situées dans les veines peuvent être endommagées et ne plus empêcher le sang de redescendre vers les jambes. Par ailleurs, le thrombus peut parfois ne pas disparaître complètement et continuer à gêner la circulation. Ces deux phénomènes augmentent la pression dans les veines et favorisent l'apparition des symptômes.
Cette pathologie se manifeste principalement par :
- Des douleurs ;
- Un œdème chronique ;
- Une sensation de jambes lourdes;
- Des varices.
Dans les formes les plus sévères, des ulcères cutanés peuvent également survenir [11].
Comment prévenir la phlébite au quotidien ?
Prévenir une phlébite consiste avant tout à rester en mouvement et à éviter les périodes prolongées d'immobilité.
Lors des trajets de plusieurs heures en avion, en train ou en voiture, quelques gestes simples permettent ainsi de réduire ce risque :
- Bougez régulièrement les membres inférieurs en réalisant des flexions et extensions des pieds pour activer la pompe musculaire des mollets.
- Levez-vous et marchez à intervalles réguliers pendant le trajet lorsque cela est possible.
Chez les personnes présentant un risque élevé de thrombose veineuse, les médecins peuvent recommander le port debas de contention adaptés lors des voyages prolongés.
Enfin, certains facteurs de risque peuvent être modifiés. Arrêter le tabac, maintenir un poids adapté et traiter une éventuelle insuffisance veineuse ou des varices permettent de limiter le risque de complications thrombo-emboliques [1].
La phlébite en résumé
Ce trouble circulatoire se manifeste par l'apparition d'un thrombus à l'intérieur d'un vaisseau sanguin, le plus souvent au niveau d'un membre inférieur. Deux tableaux cliniques existent selon la localisation de l'atteinte. Une forme touchant les vaisseaux proches de la peau, plutôt gênante mais rarement dangereuse, et une autre affectant un vaisseau situé en profondeur, pouvant se compliquer d'un blocage au niveau des poumons si un fragment se détache.
Trois mécanismes expliquent le plus souvent son apparition : un ralentissement du flux sanguin lié au manque de mouvement, une atteinte de la paroi du vaisseau, ou un déséquilibre favorisant une coagulation excessive.
Un bilan rapide, combinant une analyse sanguine spécifique et un écho-doppler, permet d'engager sans délai une prise en charge appropriée.
Devant des signes suspects, il est préférable de solliciter rapidement un avis médical, et de joindre le 15 en cas de gêne respiratoire soudaine ou de douleurs dans la poitrine.
Les informations mentionnées dans cet article sont fournies à titre indicatif uniquement et ne peuvent se substituer à l'avis d'un professionnel qualifié.
FAQ sur la phlébite
La première touche un vaisseau proche de la peau, souvent au niveau d'une varice, et reste généralement gênante sans être dangereuse. La seconde affecte un vaisseau situé en profondeur et présente des risques plus sérieux.
En bougeant régulièrement les membres inférieurs, en se levant à intervalles réguliers, et, pour les personnes concernées, en portant des dispositifs de compression sur recommandation des professionnels qualifiés.
Khorana, A. A. et al. Cancer-associated venous thromboembolism. Nat Rev Dis Primers 8, 11 (2022).
Samad, F. & Ruf, W. Inflammation, obesity, and thrombosis. Blood 122, 3415–3422 (2013).
Klein, J., Diaba-Nuhoho, P., Giebe, S., Brunssen, C. & Morawietz, H. Regulation of endothelial function by cigarette smoke and next-generation tobacco and nicotine products. Pflugers Arch 475, 835–844 (2023).
Kesieme, E., Kesieme, C., Jebbin, N., Irekpita, E. & Dongo, A. Deep vein thrombosis: a clinical review. J Blood Med 2, 59–69 (2011).
Deep venous thrombosis and pulmonary embolism. Part 2--Prevention of recurrences: warfarin or low-molecular-weight heparin for at least 3 months. Prescrire Int 22, 129–133 (2013).
La compression médicale en prévention de la thrombose veineuse, 2011 - Fiche BUTS. Haute Autorité de Santé
Guanella, R. Syndrome post-thrombotique : la complication négligée de la maladie thromboembolique veineuse. Rev Med Suisse 372, 321–325 (2013).
Vyas, V., Sankari, A. & Goyal, A. Acute Pulmonary Embolism. in StatPearls (StatPearls Publishing, Treasure Island (FL), 2026).