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Douleur pelvienne : causes, symptômes et quand consulter ?

Ce qu'il faut retenir
La douleur pelvienne peut avoir différentes origines : troubles gynécologiques, urinaires, digestifs ou musculo-squelettiques, et nécessite une prise en charge rapide et adaptée
Douleur pelvienne : causes, symptômes et quand consulter ?
Publié le 12/11/2025 - Temps de lecture 8 min

Les douleurs pelviennes représentent un motif de consultation fréquent, en particulier pour les femmes. Cependant, elles affectent aussi les hommes. Leur diagnostic est souvent complexe en raison de la localisation qui englobe le système reproducteur, urinaire et digestif. Qu’est-ce qu’une douleur pelvienne ? Cet article fait le point sur ses causes, ses symptômes, son diagnostic et son traitement.

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Qu’est-ce qu’une douleur pelvienne ?

Une douleur pelvienne est une gêne localisée dans la partie inférieure de l’abdomen, entre l’ombilic et le périnée. Ce syndrome douloureux se caractérise par des spasmes ou des crampes dans le bas-ventre. On distingue :

  • La douleur pelvienne aiguë.

Elle survient brutalement et est souvent intense. Les symptômes peuvent toucher la vessie, les voies urinaires, l’utérus ou le système digestif, rendant le diagnostic difficile. Ils peuvent être le signe d'une urgence médicale nécessitant une intervention chirurgicale.

  • La douleur pelvienne chronique.

Lorsqu’elle persiste au-delà de 6 mois, cette douleur devient chronique et peut altérer la santé et la qualité de vie, notamment chez les femmes. Elle peut être continue. [1]

Le saviez-vous ?
La région pelvienne est un carrefour anatomique complexe. Elle concerne non seulement l'utérus, les ovaires et les trompes de Fallope chez la femme, mais aussi la vessie, le rectum, une riche innervation (comme le nerf pudendal) et un réseau musculaire et ligamentaire dense. Cette complexité explique pourquoi une douleur peut avoir des origines gynécologiques, urologiques, digestives, musculo-squelettiques ou neurologiques.

Quelles sont les principales causes de douleur pelvienne ?

La douleur pelvienne chez la femme

Plus courante chez la femme en âge de procréer, les causes sont nombreuses et parfois liées, comme les problèmes gynécologiques ou les infections urinaires et vésicales. Il est impératif de consulter un médecin pour en identifier l’origine précise.

  • L’endométriose est une maladie, caractérisée par la présence de tissu similaire à l’endomètre en dehors de l'utérus. C’est l’une des premières causes de douleurs pelviennes chroniques chez les femmes en âge de procréer. Ces lésions réagissent aux hormones du cycle menstruel, provoquant une inflammation et des crampes menstruelles (dysménorrhée) souvent très intenses. Cette pathologie gynécologique affecte environ 10 % des femmes en activité génitale. [2]
  • Les kystes ovariens peuvent provoquer des douleurs, surtout s'ils se rompent ou se tordent (torsion annexielle), ou les fibromes utérins.
  • Le syndrome des ovaires polykystiques provoque des troubles de l’ovulation et peut s’accompagner de douleurs pelviennes. [3]
  • Les maladies inflammatoires pelviennes (MIP) caractérisées par une infection des organes reproducteurs (utérus, trompes de Fallope, ovaires), souvent suite à une infection sexuellement transmissible (IST). Elles peuvent causer des douleurs chroniques si elles ne sont pas traitées.
  • La grossesse extra-utérine est une cause de douleurs pelviennes aiguës qui nécessitent une intervention chirurgicale en urgence.
  • Les infections des voies urinaires (cystites) et les calculs rénaux sont des causes fréquentes de douleur aiguë, souvent associée à des brûlures mictionnelles.
  • Le syndrome de la vessie douloureuse ou cystite interstitielle caractérisé par une douleur vésicale et un besoin urgent et fréquent d'uriner, sans infection bactérienne évidente.

Les troubles gastro-intestinaux sont également une source de douleurs pelviennes.

Les causes peuvent être musculo-squelettiques ou neurologiques.

  • Les tensions ou les dysfonctionnements des muscles du plancher pelvien.
  • Le syndrome du canal d’Alcock ou névralgie pudendale : une compression du nerf pudendal dans la fossette ischiorectale ou au niveau du ligament sacroépineux causant des douleurs au niveau du périnée et des organes génitaux. [4]
  • Des problèmes articulaires au niveau de la symphyse pubienne ou des articulations sacro-iliaques.
  • Hernie inguinale ou fémorale.

La douleur pelvienne chronique chez l’homme

Chez l’homme, la douleur pelvienne chronique est causée par la prostatite dans 90% des cas.

C’est la pathologie urologique la plus courante chez les hommes de moins de 50 ans.

L’origine de son apparition peut être liée à un contexte post-opératoire, post-traumatique ou post-infectieux, mais la physiopathologie est mal connue. [5][6]

Comment reconnaître une douleur pelvienne anormale ? Symptômes associés

Une douleur pelvienne anormale peut être accompagnée de divers symptômes qu’il est important d’analyser pour en découvrir la cause.

Tableau comparatif des symptômes et des causes possibles

Symptôme principal

Caractéristique

Causes possibles

Dysménorrhée

Crampes menstruelles douloureuses

Endométriose, adénomyose, fibromes

Dyspareunie

Gêne ou douleur lors des rapports sexuels

Endométriose, MIP, vulvodynie, tensions du plancher pelvien

Troubles urinaires

Mictions fréquentes ou impérieuses, brûlures en urinant (dysurie), sensation de pesanteur vésicale, présence de sang dans les urines (hématurie)

Syndrome de la vessie douloureuse, infections urinaires, calculs rénaux

Douleurs chroniques constantes

Douleur lancinante, lourdeur, aggravée par la station debout.

Syndrome de congestion pelvienne (varices), adhérences pelviennes

Douleur en position assise

Dysfonctionnement du plancher pelvien, tensions ou faiblesse musculaire

Névralgie pudendale, syndromes myofasciaux, hernie

Troubles gastro-intestinaux

Ballonnements, crampes abdominales, constipation, diarrhée, douleur associée à la défécation

Syndrome du côlon irritable, maladie inflammatoire de l’intestin, constipation chronique

Saignements ou écoulement vaginal

Saignements en dehors des règles ou après la ménopause, pertes vaginales anormales

Fibromes, cancer de l'utérus ou du col, adénomyose

[7]

Quand consulter un professionnel de santé ?

Les douleurs pelviennes sont multifactorielles étant donné leur localisation, il est donc important de consulter votre médecin généraliste pour réaliser un premier diagnostic et vous orienter vers le spécialiste adéquat si :

  • L’intensité de la douleur ou de l’inconfort pelvien ne s’améliore pas avec des analgésiques classiques.
  • La douleur est présente et récurrente et perturbe vos activités quotidiennes, votre sommeil ou vos rapports sexuels.
  • Des symptômes comme la dysménorrhée (douleur pendant les règles) sont de plus en plus intenses ou ne répondent plus aux traitements classiques.
  • Le syndrome douloureux survient au cours de la grossesse (suspicion de fausse couche ou de grossesse extra-utérine).
  • La douleur persiste pendant plus de trois à six mois (critère de douleur pelvienne chronique).
  • Si elle est associée à des vomissements, de la fièvre, des saignements, des pertes de connaissance.

Une douleur pelvienne nécessite une prise en charge immédiate et parfois le recours à la chirurgie en urgence si :

  • Elle est soudaine et très intense : cela peut indiquer une urgence chirurgicale comme une torsion ovarienne, une rupture de kyste, une grossesse extra-utérine ou une appendicite.
  • Elle est associée à de la fièvre et/ou un écoulement vaginal anormal : un symptôme suggestif d'une maladie inflammatoire pelvienne (MIP) aiguë ou d'un abcès pelvien.
  • Elle est accompagnée de saignements importants, surtout en cas de grossesse.
  • Elle est associée à l'incapacité d'uriner ou d’aller à la selle.

Diagnostic : comprendre l’origine de la douleur

Le diagnostic des douleurs pelviennes repose sur un examen clinique rigoureux, complété par des analyses complémentaires adaptées à la situation clinique.

  • Anamnèse : écoute attentive du patient, recherche du contexte (cycle menstruel, caractéristiques des douleurs, facteurs aggravants ou soulageant, antécédents médicaux et chirurgicaux), interrogatoire sur la sexualité, les troubles urinaires, digestifs, le retentissement psychique.
  • Examen clinique : palpation abdominale, toucher vaginal, examen pelvien pour évaluer la sensibilité des organes pelviens, repérer des points de tension musculaire et détecter toute anomalie, recherche de points douloureux, tests neurologiques, évaluation des voies urinaires et génitales externes.
  • Échographie : pour visualiser les organes reproducteurs et détecter d'éventuels kystes ovariens, fibromes utérins ou des signes indirects d'endométriose.
  • Scanner ou IRM : pour évaluer les structures plus profondes : intestin, système urinaire et muscles, en vue d'identifier des troubles gastro-intestinaux ou des compressions nerveuses (comme la névralgie pudendale).
  • Coloscopie ou cystoscopie : pour examiner l’intérieur du côlon ou de la vessie.
  • Tests sanguins : pour rechercher des signes d'infection, évaluer les déséquilibres hormonaux ou confirmer la présence de marqueurs d'inflammation.
  • Examen cytobactériologique des urines(ECBU) pour rechercher des germes responsables d’infections urinaires.
  • Laparoscopie : une intervention chirurgicale qui permet au médecin de visualiser l'intérieur de l'abdomen et du bassin pour diagnostiquer des pathologies difficiles à déceler autrement, telles que l'endométriose ou la maladie inflammatoire pelvienne (MIP).

Traitements des douleurs pelviennes selon leur origine

Le traitement de la douleur pelvienne dépend de la cause sous-jacente. Il associe souvent un traitement médicamenteux, des interventions chirurgicales ciblées et la prise en charge des troubles associés.

Médicaments

  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pour gérer l’inflammation et la douleur.
  • Antibiotiques : si infection bactérienne.
  • Thérapies hormonales : pilules contraceptives, progestatifs, agonistes de la GnRH pour les troubles gynécologiques (endométriose ou fibromes) afin de réguler le cycle menstruel et réduire les douleurs pelviennes.
  • Relaxants musculaires : en cas de tension ou de dysfonctionnement du plancher pelvien.

Thérapie physique et rééducation

  • Exercices du plancher pelvien : pour améliorer la tonicité musculaire et soulager les inconforts associés au dysfonctionnement musculo-squelettique.
  • Biofeedback : technique qui permet d’apprendre à contrôler les contractions et la tension musculaire au niveau du plancher pelvien.

Chirurgie

En cas de traitements conservateurs inefficaces ou en cas de pathologie sévère (fibromes, endométriose, etc.), une intervention chirurgicale est nécessaire.

  • Hystérectomie (ablation de l’utérus).
  • Cystectomie ovarienne (retrait des kystes volumineux ou douloureux).

Modification du mode de vie

  • Ajustements alimentaires : privilégier une alimentation riche en fibres et limiter les aliments ultra-transformés aide à gérer les troubles gastro-intestinaux (SCI ou constipation), sources potentielles de douleurs.
  • Gestion du stress : les techniques de relaxation (yoga, méditation, respiration profonde) permettent de réduire les douleurs liées au stress.
  • Activité physique : l'exercice régulier et adapté améliore la force musculaire et contribue à réduire la douleur chronique.

Vivre avec une douleur pelvienne chronique

La douleur pelvienne chronique (DPC) est une pathologie impliquant des mécanismes complexes de douleur nociplastique et de sensibilisation centrale.

Une étude montre qu’elle génère d'importantes souffrances personnelles et des dépenses de santé considérables (multiples consultations, traitements divers).

Les experts recommandent d'améliorer la prise en charge en adoptant des modèles de soins multidisciplinaires (combinant physiothérapie et psychologie avec les spécialités médicales) et en orientant les soins vers un objectif de meilleure qualité de vie malgré la chronicité de la douleur, plutôt que la guérison totale. [8]

Prévenir les douleurs pelviennes

Bien que toutes les douleurs pelviennes ne puissent être prévenues, certaines mesures permettent de limiter leur survenue ou leur aggravation :

  • Traitement précoce des infections gynécologiques et urinaires (examen cytobactériologique des urines en cas de symptômes).
  • Gestion adaptée des troubles du cycle menstruel, crampes menstruelles et endométriose.
  • Rééducation périnéale après accouchement.
  • Suivi post-opératoire après opération chirurgicale pelvienne ou abdominale pour éviter les adhérences.
  • Activité physique régulière, gestion du stress, alimentation équilibrée pour limiter les troubles gastro-intestinaux.
  • Consultation médico-psychologique rapide en cas de syndrome douloureux ou de troubles associés (dépression, anxiété).

Conclusion

La douleur pelvienne est un symptôme courant qui peut avoir des origines diverses. Bien qu’elle puisse être causée par des maladies graves, elle est souvent le résultat de troubles bénins (gynécologiques, prostatiques, digestifs, etc.). L’évaluation clinique rigoureuse, l’identification précise des causes et une approche thérapeutique précoce sont indispensables pour gérer la douleur et prévenir les complications. Consultez votre médecin en cas de douleurs pelviennes persistantes et intenses afin d’éviter un inconfort chronique, et profitez de la vie.

Références :
[5]

Male chronic pelvic pain: An update

[6]

Le syndrome douloureux chronique pelvien chez l’homme. Quelle physiopathologie? Quel traitement?

[7]

Aspects épidémiologiques, cliniques et thérapeutiques des algies pelviennes aiguës de la femme à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé

[8]

Directive clinique de consensus pour la prise en charge de la douleur pelvienne chronique

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