Vos selles paraissent grasses, flottent et dégagent une odeur inhabituelle ? C’est peut-être le signe d’une stéatorrhée, un symptôme révélateur d'un trouble de la digestion ou de l'absorption des graisses. Certains organes comme le pancréas, le foie ou l'intestin peuvent dans ce cas dysfonctionner.
Causes, diagnostic, rôle des enzymes digestives et traitements efficaces, voici tout ce qu'il faut savoir sur la stéatorrhée.
Qu'est-ce que la stéatorrhée ?
La stéatorrhée correspond à une présence anormalement élevée de graisses dans les selles. D'un point de vue médical, on parle de stéatorrhée lorsque les selles contiennent plus de 7 g de lipides par 24 heures, chez une personne consommant environ 100 g de graisses par jour [1].
La plupart du temps, c’est le signe que votre organisme ne parvient plus à digérer correctement les lipides (maldigestion) ou à les absorber au niveau de l'intestin (malabsorption).
Le saviez-vous ?
- Pour digérer correctement les graisses, votre organisme suit trois grandes étapes : La bile produite par le foie les fragmente en fines gouttelettes.
- La lipase, une enzyme fabriquée par le pancréas, les découpe en molécules plus petites.
- Ces nutriments sont absorbés par la paroi de l'intestin grêle.
Si l'une de ces étapes fonctionne mal, une partie des lipides peut ne pas être correctement absorbée et être éliminée dans les selles [2].
A quoi ressemblent les selles stéatorrhéiques ?
En cas de stéatorrhée, les selles sont généralement plus volumineuses, molles et grasses. Elles peuvent être jaunâtres ou pâles, parfois légèrement mousseuses, et laissent souvent un dépôt huileux sur les parois de la cuvette.
Il n'est pas rare qu'elles flottent, notamment en raison de la présence de gaz.
Leur odeur est plus forte que d'habitude, souvent décrite comme rance ou particulièrement nausé abonde.
La différence entre vraie et fausse stéatorrhée
La stéatorrhée vraie est le signe d’un dysfonctionnement de vos organes digestifs : pancréas, foie, voies biliaires ou intestin grêle. Les selles grasses ont alors tendance à se répéter et s'accompagnent souvent d'autres signes, comme une perte de poids ou des carences nutritionnelles.
À l'inverse, une fausse stéatorrhée est passagère. Vous pouvez la contracter après un repas très riche en huiles ou après avoir pris certains laxatifs à base d'huile de paraffine. Pas d’inquiétude ici, cet épisode est généralement transitoire. Toutefois, sa persistance ou la présence d’autres symptômes justifie un avis médical.
Comment reconnaître une stéatorrhée : les symptômes fréquents
Au-delà de l'aspect spécifique des selles, la stéatorrhée s'accompagne d’autres symptômes.
La perte de poids
Les graisses alimentaires, comme celles présentes dans les huiles ou les poissons gras par exemple, constituent une source majeure d'énergie pour l'organisme. En cas de mauvaise assimilation de ces lipides, votre corps n'assimile plus suffisamment de calories. Vous maigrissez alors, même si vous conservez un appétit normal. Dans ce cas, consultez rapidement votre médecin.
Les troubles digestifs
La stéatorrhée cause très souvent les problèmes digestifs suivants [3] :
- ballonnements,
- crampes abdominales,
- gargouillements intestinaux (borborygmes),
- diarrhées chroniques.
Les carences en vitamines liposolubles (A, D, E et K)
Les vitamines A, D, E et K sont des vitamines liposolubles. Leur absorption intestinale dépend notamment de votre digestion.
En cas de malabsorption lipidique avec stéatorrhée, leur assimilation peut diminuer et entraîner, surtout si le trouble est important ou prolongé, des déficits biologiques en vitamines [4].
- Un déficit en vitamine D peut fragiliser les os et favoriser l'ostéoporose ou l'ostéomalacie.
- Une carence en vitamine K peut provoquer des troubles de la coagulation, avec des bleus qui apparaissent plus facilement ou des saignements prolongés.
- Les carences en vitamines A et E peuvent se manifester par une peau sèche, une diminution de la vision nocturne, une faiblesse musculaire ou des troubles neurologiques dans les cas les plus sévères.
Quelles sont les principales causes de la stéatorrhée ?
On distingue principalement les causes pancréatiques, hépato-biliaires et intestinales [5, 6, 7].
|
Origine |
Organe responsable |
Pathologies associées |
|---|---|---|
Pancréatique | Pancréas exocrine | Pancréatite chronique, mucoviscidose, cancer du pancréas |
Hépato-biliaire | Foie et voies biliaires | Cholestase, certaines maladies hépato-biliaires |
Intestinale | Intestin grêle | Maladie cœliaque, maladie de Crohn, syndrome du grêle court |
Un manque d’enzymes produites par le pancréas
Le pancréas produit plusieurs enzymes digestives, dont la lipase, indispensable à la digestion des graisses. Lorsque cet organe fonctionne moins bien, les lipides ne sont plus correctement dégradés et sont éliminés dans les selles.
C'est notamment le cas lors d'une pancréatite chronique, qui détruit progressivement les cellules du pancréas.
Cette maladie est souvent liée à une consommation excessive d'alcool, mais elle peut aussi être provoquée par certaines maladies génétiques ou des épisodes répétés de pancréatite aiguë.
Chez l'enfant et le jeune adulte, la mucoviscidose constitue la principale cause génétique d'insuffisance pancréatique exocrine. Plus rarement, un cancer du pancréas peut également entraîner une stéatorrhée.
La maladie cœliaque et les maladies de l'intestin
Parfois, les graisses sont correctement digérées, mais elles ne peuvent plus être absorbées par l'intestin.
Dans la maladie de cœliaque par exemple, le gluten déclenche une réaction du système immunitaire qui abîme progressivement la paroi de l'intestin grêle. Celui-ci absorbe alors moins bien les graisses, mais aussi certaines vitamines et certains minéraux [8].
D'autres maladies peuvent provoquer le même phénomène. C’est le cas de la maladie de Crohn, qui entraîne une inflammation chronique de l'intestin, ou plus rarement la maladie de Whipple. Enfin, le syndrome du grêle court, qui survient après l'ablation d'une partie importante de l'intestin, réduit lui aussi les capacités d'absorption.
Les problèmes de bile et certaines chirurgies digestives
Avant d'être digérées, les lipides doivent être mélangées à la bile, un liquide fabriqué par le foie et stocké dans la vésicule biliaire. Si cette bile n'arrive plus jusqu'à l'intestin, l’assimilation des lipides devient beaucoup moins efficace.
Cela peut se produire en cas de cholestase, lorsque l'écoulement de la bile est réduit ou bloqué. Cette situation peut être liée à certaines maladies du foie, à des calculs obstruant les voies biliaires ou, plus rarement, à une tumeur. Une cirrhose avancée peut également perturber la production et l'excrétion des acides biliaires et favoriser une mauvaise absorption des graisses [8].
Enfin, certaines interventions chirurgicales digestives, comme une gastrectomie, un bypass gastrique ou une résection de l'iléon, raccourcissent le trajet des aliments ou diminuent le temps de contact avec les enzymes digestives comme la bile et les enzymes pancréatiques, notamment la lipase. Là encore, la digestion et l’assimilation des lipides peuvent être altérées [10].
Comment diagnostiquer une stéatorrhée ?
Le diagnostic d'une stéatorrhée passe par plusieurs examens.
Votre médecin peut prescrire une analyse de selles pour mesurer le taux d'élastase fécale, une enzyme produite par le pancréas. Un échantillon suffit pour évaluer indirectement la capacité du pancréas à produire suffisamment d’enzymes digestives [11]. Un taux faible oriente vers une insuffisance pancréatique exocrine.
Une prise de sang complète ce bilan afin de rechercher des carences en vitamines A, D, E et K, mais aussi en fer, en calcium ou en albumine. Ces carences peuvent révéler une mauvaise assimilation des nutriments.
Selon vos symptômes et les premiers résultats, d’autres examens peuvent être nécessaires. Un scanner abdominal, une IRM ou une écho-endoscopie peuvent être prescrits pour observer plus précisément les organes digestifs [10].
Quel est le traitement de la stéatorrhée ?
La stéatorrhée n’a pas de traitement unique. Votre médecin cherche d’abord à traiter la maladie responsable, puis à corriger la mauvaise digestion des graisses et les éventuelles carences nutritionnelles.
La prise en charge médicale
Lorsque le pancréas ne produit plus assez d’enzymes digestives, votre médecin peut prescrire des enzymes pancréatiques de substitution.Elles sont disponibles sous forme de gélules qui doivent être prises avec vos repas et collations afin de se mélanger aux aliments. La dose est ensuite adaptée selon les symptômes, l’alimentation et l’évolution du poids [11].
En cas de maladie cœliaque, il faut arrêter les aliments avec du gluten. Ça permet en principe à la paroi de l’intestin grêle de se réparer progressivement. La récupération complète des villosités peut toutefois prendre plusieurs mois, voire plusieurs années chez certains adultes [12].
Si le problème vient d’un manque de bile, le traitement dépend de son origine. Le médecin peut par exemple traiter une maladie du foie ou intervenir sur un calcul ou une autre obstruction qui empêche la bile d’atteindre l’intestin.
Adapter son alimentation et corriger les carences
Attention, ne supprimez pas les lipides de votre alimentation sans avis médical. Vous risquez de perdre du poids et d’aggraver vos carences. Votre médecin ou un diététicien-nutritionniste doit ajuster leur quantité et leur répartition selon la cause de la stéatorrhée.
Dans certaines situations, on peut vous proposer des triglycérides à chaîne moyenne (TCM). Il s’agit de graisses absorbées plus facilement que celles ordinaires et qui sollicitent moins la bile et les enzymes pancréatiques [13]. Ce ne sont pas des aliments à proprement parler, mais un type particulier de lipides naturellement présent dans certains produits comme l’huile de coco. Elles ne conviennent pas à tout le monde et doivent être introduites progressivement sous contrôle médical.
Enfin, les taux de vitamines A, D, E et K doivent être surveillés en cas de mauvaise assimilation des graisses. Une supplémentation orale ou, plus rarement, injectable peut être prescrite lorsqu’une carence est confirmée. La dose et la durée du traitement dépendent des résultats de votre bilan sanguin : évitez donc toute supplémentation sans avis médical.
La stéatorrhée en résumé
La stéatorrhée correspond à un excès de graisses dans les selles, car l’organisme a du mal à les digérer ou à les absorber. Elle peut être le signe d’une maladie du pancréas, du foie, des voies biliaires ou de l’intestin grêle. En pratique, elle se manifeste surtout par des selles grasses et malodorantes, parfois associées à une perte de poids, des troubles digestifs ou des carences en vitamines.
La consultation de votre médecin est indispensable pour établir le bon diagnostic. Dans la plupart des cas, la stéatorrhée s’améliore lorsque la maladie responsable est correctement traitée.
Ce contenu est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de signes persistants ou de pathologies, consultez un professionnel de santé.
FAQ sur la stéatorrhée
Oui, notamment en cas de pancréatite chronique. Lorsque le pancréas ne produit plus suffisamment d'enzymes digestives, les graisses sont moins bien digérées et peuvent être éliminées dans les selles.
Les selles sont généralement jaunâtres, claires ou beige pâle. Elles sont souvent grasses, volumineuses, malodorantes et peuvent flotter dans la cuvette.
Il n’existe pas de traitement unique pour toutes les stéatorrhées. Le traitement dépend de sa cause. En cas d'insuffisance pancréatique, le médecin peut par exemple prescrire des enzymes digestives de substitution. Si la stéatorrhée est liée à une autre maladie, c'est cette dernière qui devra être traitée.
Oui, surtout si les selles grasses persistent plusieurs jours ou si vous perdez du poids, vous avez des douleurs abdominales ou des diarrhées chroniques. Le gastro-entérologue pourra réaliser les examens nécessaires pour identifier la cause et mettre en place un traitement adapté.
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