L'infarctus du myocarde, plus communément appelé crise cardiaque, est l'une des urgences médicales les plus redoutées. Cette maladie cardiovasculaire peut survenir brutalement, mais elle est souvent le résultat d'un processus silencieux qui évolue pendant de nombreuses années.
Reconnaître les premiers signes, comprendre les mécanismes en cause et connaître les bons réflexes permet d'agir rapidement et d'améliorer considérablement les chances de survie. Dans cet article, découvrez les causes, les symptômes, les traitements et les moyens de réduire votre risque d'infarctus.
Qu'est-ce qu'un infarctus du myocarde ?
Un infarctus du myocarde correspond à la destruction d'une partie du muscle cardiaque lorsque celui-ci n'est plus suffisamment alimenté en sang .
Effectivement, le cœur a besoin d'un apport constant en oxygène et en nutriments pour se contracter et assurer la circulation du sang dans tout l'organisme. Cet apport est assuré par les artères coronaires, qui entourent le cœur et le nourrissent en permanence. Si une de ces artères se bouche, alors le cœur n’est plus alimenté. C’est ce phénomène qui provoque l’infarctus.
Dans la grande majorité des cas, un infarctus est donc la conséquence de l'athérosclérose, une pathologie caractérisée par l'accumulation progressive de cholestérol, de cellules inflammatoires et de calcium sur la paroi des artères [1]. Au fil du temps, ces dépôts forment des plaques qui rétrécissent le passage du sang. Si l'une d'elles se fissure, l'organisme tente de la réparer en fabriquant un caillot sanguin. Lorsque ce caillot bouche complètement une artère coronaire, le sang ne peut plus atteindre une partie du cœur.
Quelles sont les causes et facteurs de risque cardiovasculaires ?
Dans la plupart des cas, l’infarctus résulte de l'accumulation progressive de plusieurs facteurs de risque qui endommagent les artères, favorisent l'athérosclérose et augmentent le risque de formation d'un caillot sanguin :
- L'âge et le sexe : le risque augmente progressivement avec l'âge. Les hommes sont généralement touchés plus tôt que les femmes, même si le risque féminin augmente nettement après la ménopause [2].
- Les antécédents familiaux : si un parent proche a présenté un trouble cardiovasculaire à un âge précoce, votre risque est plus élevé en raison d'une prédisposition génétique et de facteurs environnementaux communs [3].
- Le tabagisme et l’alcool : les substances toxiques contenues dans la fumée de cigarette endommagent les parois des artères, favorisent la formation de caillots et réduisent l'apport en oxygène au cœur [4]. Une consommation excessive d'alcool peut également augmenter le risque cardiovasculaire, notamment en favorisant l'hypertension artérielle [5].
- L'hypertension artérielle : une pression sanguine durablement élevée sollicite excessivement les vaisseaux sanguins et le cœur, ce qui accélère leur vieillissement et facilite le développement des plaques d'athérome [6].
- L'hypercholestérolémie : un excès de cholestérol LDL, souvent appelé « mauvais cholestérol », favorise son accumulation dans la paroi des artères, où il participe progressivement à la formation des plaques d'athérome [7].
- Le diabète et l'obésité : une glycémie élevée sur le long terme et un excès de graisse viscérale entretiennent une inflammation chronique, altèrent les vaisseaux sanguins et accélèrent l'athérosclérose [8].
- La sédentarité : le manque d'activité physique favorise la prise de poids, l'hypertension, le diabète et un mauvais équilibre des lipides sanguins, autant de facteurs qui augmentent le risque d'infarctus [6, 7, 8].
- Le stress chronique : lorsqu'il s'installe durablement, il peut contribuer à augmenter la pression artérielle, favoriser des comportements délétères (tabac, alimentation déséquilibrée, manque de sommeil) et accroître le risque cardiovasculaire [9].
- Une alimentation déséquilibrée : une consommation excessive d'aliments ultra-transformés associée à un faible apport en fruits, légumes, légumineuses et poissons favorisent l'apparition des principaux facteurs de risque cardiovasculaires [10].
Quels sont les symptômes typiques d'une crise cardiaque ?
L'infarctus du myocarde se manifeste le plus souvent par une souffrance thoracique intense, mais d'autres signaux peuvent également apparaître.
La douleur thoracique caractéristique
Le symptôme le plus fréquent est une douleur thoracique située au centre de la poitrine, derrière le sternum. Elle est souvent décrite comme une sensation d'étau, de poids ou d'écrasement qui serre fortement la poitrine.
Contrairement à une douleur musculaire ou à une simple gêne digestive, elle dure généralement plus de 20 minutes, ne disparaît pas au repos et peut s'accompagner d'une impression de malaise ou d'une angoisse intense.
Les irradiations et les autres signes qui doivent alerter
Lors d'un infarctus, la douleur peut aussi parfois se propager vers différentes parties du corps, notamment :
- le bras gauche, l'épaule ou parfois les deux bras ;
- la mâchoire, le cou ou la gorge ;
- le dos, entre les omoplates ;
- le haut de l'abdomen, où elle peut être confondue avec un trouble digestif.
Certaines personnes s'inquiètent également d'une douleur dans la jambe gauche ou dans la cuisse gauche. Bien que cela soit possible dans de rares cas, il ne s'agit pas d'un symptôme typique de l'infarctus. En revanche, si cette douleur s'accompagne d'une oppression thoracique, d'un essoufflement ou d'autres signes évocateurs, il est indispensable d'appeler immédiatement les secours.
Les symptômes atypiques chez les femmes, les personnes âgées et les personnes diabétiques
Toutes les crises cardiaques ne se présentent pas de la même façon. Les femmes, les personnes âgées et les personnes atteintes de diabète présentent plus souvent des symptômes dits atypiques, ce qui peut retarder le diagnostic et la prise en charge.
Chez la femme, une douleur thoracique est toujours possible, mais elle peut être moins marquée que chez l'homme. L'infarctus peut également se manifester par une fatigue brutale et inhabituelle, un essoufflement, des nausées, des douleurs dans le dos, les épaules, la mâchoire ou le haut de l'abdomen, parfois confondues avec des troubles digestifs.
Chez les personnes diabétiques, une atteinte des nerfs liée à la maladie peut atténuer la perception de la douleur, ce qui explique que certains infarctus soient peu douloureux, voire presque silencieux.
Quel est le protocole d'urgence face à un infarctus ?
Face à une suspicion d'infarctus, chaque minute compte. Plus l'artère coronaire reste obstruée longtemps, plus les lésions deviennent importantes et irréversibles. C'est pourquoi le premier réflexe doit être d'appeler immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112 si vous vous trouvez dans un autre pays européen. N'attendez jamais que la douleur passe d'elle-même.
N'essayez pas de rejoindre les urgences par vos propres moyens. Conduire ou être transporté en voiture expose à un risque d'aggravation ou d'arrêt cardiaque sans possibilité de prise en charge immédiate. Les équipes du SAMU peuvent, au contraire, commencer les premiers soins dès leur arrivée et orienter le patient vers le service de cardiologie le plus adapté.
En attendant les secours :
- installez la personne en position demi-assise si elle est consciente afin de faciliter sa respiration ;
- desserrez les vêtements qui la compriment et rassurez-la autant que possible ;
- évitez tout effort qui augmente les besoins du cœur en oxygène.
Ne donnez pas de médicament de votre propre initiative. Même si l'aspirine est souvent utilisée dans le traitement de l'infarctus, elle ne doit être prise que sur les conseils du médecin régulateur du SAMU, qui évaluera la situation et vous indiquera la conduite à tenir.
Un infarctus peut-il durer plusieurs jours ?
Non, un infarctus du myocarde ne dure pas plusieurs jours au sens strict. Une fois qu'une artère coronaire est totalement obstruée, votre cœur commence à manquer d'oxygène en quelques minutes et les cellules cardiaques sont progressivement détruites si la circulation n'est pas rétablie rapidement. Il faut donc agir vite !
En revanche, il est possible que des signes annonciateurs apparaissent plusieurs heures, voire plusieurs jours avant l'infarctus. Douleurs thoraciques intermittentes, essoufflement inhabituel, gêne à l'effort qui disparaît au repos… Ces symptômes peuvent correspondre à un angor instable, une forme de syndrome coronarien aigu dans laquelle une plaque d'athérome devient fragile et réduit progressivement le flux sanguin vers le cœur. Sans traitement, cette situation peut évoluer vers un infarctus complet [11].
À l'inverse, chez certaines personnes, la crise cardiaque survient brutalement, sans aucun signe précurseur.
Comment est diagnostiquée une crise cardiaque ?
Le premier examen est l'électrocardiogramme (ECG), qui enregistre l'activité électrique du cœur et permet de détecter rapidement certaines anomalies caractéristiques d'un infarctus en cours.
Un dosage des troponines cardiaques est également réalisé par une prise de sang. Ces protéines sont libérées dans la circulation lorsque les cellules du muscle cardiaque sont endommagées. Une élévation de leur concentration confirme généralement le diagnostic.
Si un infarctus est suspecté, une coronarographie est ensuite imposée en urgence. Cet examen consiste à injecter un produit de contraste dans les artères coronaires afin de localiser précisément l'obstruction. Il permet, dans la plupart des cas, de traiter immédiatement l'artère bouchée par une angioplastie avec pose d'un stent.
En complément, une échocardiographie permet d'évaluer le fonctionnement du cœur, de visualiser les zones du muscle cardiaque qui se contractent moins bien et de rechercher d'éventuelles complications.
Enfin, une IRM cardiaque peut être proposée dans certaines situations particulières, notamment lorsque le diagnostic reste incertain ou pour évaluer précisément l'étendue des lésions après l'infarctus.
Quels sont les traitements d'une crise cardiaque ?
Le traitement d'un infarctus à un objectif prioritaire : rétablir le plus rapidement possible la circulation du sang dans l'artère coronaire obstruée afin de limiter les lésions du muscle cardiaque. Plus la prise en charge est précoce, plus les chances de préserver le fonctionnement du cœur sont élevées.
L'angioplastie coronaire : le traitement de référence
Lorsqu'un patient est pris en charge rapidement et qu'un centre de cardiologie interventionnelle est accessible dans les délais recommandés, le traitement de référence est l'angioplastie coronaire. Réalisée au cours d'une coronarographie, cette intervention consiste à faire progresser un fin cathéter jusqu'à l'artère bouchée. Un petit ballonnet est ensuite gonflé pour rétablir le passage du sang, avant la mise en place d'un stent, un petit ressort métallique qui maintient durablement l'artère ouverte.
Si une angioplastie ne peut pas être réalisée suffisamment rapidement, les médecins peuvent administrer un traitement thrombolytique par voie intraveineuse. Ce médicament vise à dissoudre le caillot responsable de l'obstruction afin de rétablir la circulation sanguine le plus tôt possible.
Le traitement de fond et les changements d'hygiène de vie
Après un infarctus, le traitement ne s'arrête pas une fois l'artère débouchée. Pour limiter le risque de récidive et protéger durablement le cœur, plusieurs médicaments sont généralement prescrits sur le long terme. Les cardiologues résument souvent cette stratégie par l'acronyme BASIC [12] :
- Bêtabloquants : ils ralentissent le rythme cardiaque et réduisent le travail demandé au cœur.
- Antiagrégants plaquettaires : ils diminuent le risque de formation d'un nouveau caillot, notamment au niveau du stent.
- Statines : elles abaissent fortement le taux de LDL-cholestérol et contribuent à stabiliser les plaques d'athérome.
- Inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) : ils protègent le cœur et réduisent le risque d'insuffisance cardiaque après l'infarctus.
Au-delà des médicaments, l'adoption d'un mode de vie plus favorable à la santé cardiovasculaire joue un rôle tout aussi important. L'arrêt définitif du tabac, la reprise progressive d'une activité physique adaptée dans le cadre d'une rééducation cardiaque, la gestion du poids, du stress et de la tension artérielle permettent de diminuer significativement le risque d'un nouvel infarctus.
L'alimentation a aussi son rôle à jouer. Le régime méditerranéen est aujourd'hui l'un des mieux documentés pour la prévention cardiovasculaire [13]. Concrètement, il est recommandé de remplacer autant que possible le beurre et les autres graisses animales par des huiles végétales, comme l'huile d'olive ou de colza, et de consommer régulièrement des poissons gras (saumon, sardine, maquereau). Riches en oméga-3, ces aliments apportent notamment de l'acide eicosapentaénoïque (EPA) et de l'acide docosahexaénoïque (DHA), qui contribuent à une fonction cardiaque normale dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée.
Quelle est l'espérance de vie après un infarctus ?
Un infarctus n'est plus synonyme de condamnation. Grâce aux progrès de la cardiologie interventionnelle, de nombreux patients retrouvent aujourd'hui un quotidien normal après une crise cardiaque. Le pronostic dépend toutefois de plusieurs facteurs (rapidité avec laquelle l'artère a pu être débouchée, étendue des lésions, âge du patient…)
Les études indiquent quele pronostic s'est considérablement amélioré au cours des dernières décennies grâce à la généralisation de l'angioplastie en urgence et aux traitements médicamenteux modernes [14]. Chez les personnes prises en charge rapidement, le risque de récidive diminue fortement et l'espérance de vie est souvent peu endommagée.
À l'inverse, continuer à fumer, négliger son traitement ou ne pas corriger les principaux facteurs de risque cardiovasculaires augmente nettement le risque d'un nouvel infarctus ou d'une insuffisance cardiaque.
L'infarctus en résumé
L'infarctus du myocarde est une urgence médicale qui nécessite une prise en charge immédiate afin de limiter les lésions du muscle cardiaque et d'améliorer les chances de survie. Si certains facteurs de risque, comme l'âge ou les antécédents familiaux, ne peuvent pas être modifiés, la majorité d'entre eux peuvent être contrôlés : arrêt du tabac, activité physique régulière, alimentation équilibrée, gestion du stress et suivi médical adapté. En apprenant à reconnaître les premiers symptômes et en adoptant des habitudes favorables à votre santé cardiovasculaire, vous mettez toutes les chances de votre côté pour prévenir une première crise cardiaque ou éviter une récidive.
Ce contenu est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de symptômes persistants ou de pathologies, consultez un professionnel de santé.
FAQ sur l’infarctus
Un infarctus correspond à l'obstruction d'une artère qui alimente le cœur, tandis qu'un AVC résulte d'une interruption ou d'une rupture de la circulation sanguine dans le cerveau.
Les chances de survie dépendent surtout de la rapidité de la prise en charge, les traitements actuels ayant considérablement réduit la mortalité lorsqu'une intervention est réalisée rapidement.
Oui, de nombreuses personnes vivent normalement après un infarctus à condition de suivre leur traitement, de participer à une rééducation cardiaque et d'adopter une hygiène de vie adaptée.
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